
Le Collectif des Réseaux d’Accès aux TIC en France (CREATIF) a lancé officiellement son guide consacré à l’accessibilité pour tous aux TIC. Un ouvrage truffé de situations pratiques pour permettre à un public réticent d’ « apprivoiser » des technologies jugées lointaines.
« Je préfère le terme de fossé à celui de fracture numérique », précise d’emblée Philippe Cazeneuve, co-auteur du guide et fondateur, avec le président Michel Briand, de CREATIF. Selon lui, il s’agit moins d’une « rupture accidentelle et brutale » vis-à-vis des moyens modernes de communication que d’un isolement progressif creusé par le temps. Un « fossé défensif » creusé par des « naufragés volontaires ». Car les TIC sont selon P.Cazeneuve souvent considérées comme colonisatrices, intrusives.
L’objectif pour l’association paraît alors aller de soi : « Si notre rôle est de construire des passerelles, il n’est pas en notre pouvoir d’obliger qui que ce soit à les emprunter. »
C’est à partir de ces observations que l’association est née, il y a quatre ans, lors des mêmes rencontres d’Autrans où elle est venue aujourd’hui lancer officiellement son deuxième guide. Comment toucher et intéresser un public éloigné de toutes ces nouvelles technologies « lointaines »? Le guide tente d’y répondre en rassemblant plusieurs expériences novatrices déjà éprouvées sur le territoire. Tous les acteurs sociaux et notamment les animateurs EPN pourront y puiser des idées concrètes pour les appliquer sur tout le territoire. Par exemple, des réunions « tupper-web » ont été initiées à Brest dans le finistère. L’idée était d’organiser des discussions de voisinage autour de l’usage Internet à l’instar des fameuses réunions de la marque de récipients en plastiques. Une manière d’amorcer un intérêt de la part du public. « Les gens repartent avec des idées neuves. L’objectif n’est pas de leur vendre une technologie, mais de leur offrir une première approche des possibilités du net. Etre "connecté" ne signifie pas forcément posséder son matériel individuel. Les gens peuvent mutualiser leurs moyens, partager un ordinateur, un peu à la manière africaine » ajoute P.Cazeneuve.
L’objectif du guide est de faire partager ce genre d’initiatives qui ont déjà fait leurs preuves en les mettant à disposition de tous les acteurs du territoire. Il est disponible sur le site de l’association :
http://www.creatif–public.net
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Michel Bondaz et l'équipe de Un point C'est Tout / Photo Virginie Borlet
L’association, créée il y a deux ans par Michel Bondaz, propose l’édition en commun d’une carte géographique mondiale. Un dispositif ludique et initiatique qui pourrait aussi se révéler très utile
Michel Bondaz est au départ professeur d’informatique à l’IUFM d’Angoulême. De ses réflexions pédagogiques, naît une idée : pourquoi ne pas proposer aux enfants, à l’aide d’un GPS, d’éditer via l’outil informatique une cartographie de leurs villages, de leurs quartiers, et même de leur propre maison? L’initiative se voulait au départ ludique, récréative. Mais elle a fait son chemin, et suscité l’intérêt de certains pays comme Madagascar, le Mali ou le Ghana qui voient là un moyen de produire des cartographies relativement précises de voies non recensées sur les cartes officielles. « Avec ce procédé, on peut très bien retracer les routes de la soie en plaçant un GPS sur le dos d’une mule, et cela en temps réel», plaisante Michel Bondaz. Pourtant, l’idée n’est pas si farfelue : avec ce procédé, il est possible de reproduire point par point un tracé d’une précision de l’ordre de 5 à 50 mètres.
Michel Bondaz imagine alors un Système d’Information Géographique (SIG) libre de droit où chacun pourrait apporter sa pierre à l’édifice. Voilà deux ans qu’il a créé l’association Un Point C’est Tout qui présente, via son site, une cartographie générale du monde empruntée à la CIA, dont les documents sont libres de droit, comme beaucoup de données gouvernementales en Amérique. Petit à petit, les individus du monde entier enregistreront leur « trace » inédite sur un territoire au départ entièrement vierge. . Deux ans plus tard, Ces « empreintes citoyennes » ont déjà établi une cartographie claire de la région bordelaise et se constituent déjà au Canada, et même à Madagascar. « Chaque trace appartient à son auteur, et l’association n’en est que le dépositaire, ce qui garantit la non privatisation des données », précise M. Bondaz. Petit à petit, les données géographiques du monde se redessinent, librement, par un apport universel continu. Mais ce n’est pas tout : chacun peut aussi raconter son histoire, l’histoire d’un lieu particulier qu’il a envie de présenter. La carte, consultable sur plusieurs niveaux, offre la possibilité de créer des liens avec le logiciel de publication en ligne SPIP. Chaque lieu sera parcouru de témoignages et d’histoires particulières.
UPCT devient un vaste lieu d’échange de données qui pourrait, à terme, avoir une véritable fonction de « moteur de recherche géographique », selon Michel Bondaz. « Les initiés, lorsqu’ils cherchent un billet de train sur internet, savent qu’il faut aller sur le site de la SNCF. Mais pour les néophytes, ce n’est pas forcément évident. Avec ce système, on pourra par exemple cliquer sur la gare de départ pour être directement renvoyé sur le site approprié, avec toutes les informations voulues. »
D’autres applications pourraient aussi voir le jour, comme par exemple faciliter la logistique des ONG lors des opérations d’urgence : Les premiers transports envoyés sur les lieux de sauvetage pourraient créer une trace en temps réel et permettre ainsi aux convois suivants de les retrouver rapidement. Par ce même procédé, les pompiers pourraient rapidement joindre les zones incendies. Ce sont autant d’usages qui ne m’étaient pas venus à l’esprit au départ, mais qui pourraient rapidement voir le jour. Pour preuve, l’association, autofinancée jusqu’à présent, vient de recevoir 72000 euros de subventions européennes. Comme quoi, avec des points, on peut arriver à tout !
Pour visualiser les tracés déjà effectués, ou faire vous-même votre trace, vous pouvez vous connecter sur le site
http://www.upct.org
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La première conférence plénière était dédiée aux recherches récentes sur les territoires de l’Internet, le thème retenu pour ces neuvièmes rencontres. Plusieurs chercheurs du groupe inter-disciplinaire fondé par Alain Rallet sont venus présenter leurs résultats.
« Il existe de fortes incertitudes quant à l’avenir des TIC au niveau de leur implantation sur le territoire », explique Alain Rallet pour ouvrir la séance. Le groupe de recherche qu’ il a fondé vise en partie à pallier à ce manque. Sophie Houzet, charlotte Ullman et Marina Duféal sont venues présenter leurs travaux pour y apporter quelques éléments de réponse.
De nombreuses cartographies ont été présentées ayant vocation à établir une répartition spatiale de la diffusion du net sur le territoire français. Une carte de Marina Duféal permet ainsi de constater que l’implantation des sites web est liée à la taille de la population mais que certaines régions fortement enclavées comme les territoires du massif alpin et des Pyrénées bénéficient aussi d’une forte visibilité. Une réactivité forte que la chercheuse attribue aux nombreuses communes touristiques qui jalonnent ces régions. Il apparaît aussi que les entreprises des secteurs dits « traditionnels » ont fortement développé l’outil Internet depuis 1999.
Charlotte Ullman a pour sa part tenté de dégager les grandes stratégies des collectivités à travers la cartographie des réseaux Internet locaux. La région Midi-Pyrénées apparaît comme pionnière, particulièrement autour de Toulouse, avec une véritable volonté de maillage du territoire. La Picardie aurait plus joué un rôle de support aux initiatives émanant des acteurs locaux, tandis que l’Alsace se serait orientée vers une stratégie de « top-down », du « haut vers le bas », un fonctionnement peu propice aux innovations. A travers l’étude de ces trois cas, Charlotte Ullman définit un fonctionnement territorial « à trois vitesses » en matière de TIC.
Virginie Lethiais, économe, montre que les entreprises rurales ont rattrapé leur retard en matière d’équipement Internet, bien qu’elles exploitent encore peu les possibilités de ces nouvelles technologies.
Pour conclure, pierre Mirabeau, délégué à l’Aménagement du territoire et à l’Action Régionale (DATAR) évoque des disparités régionales qui préexistaient à l’invention même des TIC. C’est pourquoi un projet d’Observatoire interrégional des territoires se met en place, pour une meilleure coordination des régions entre elles, notamment en matière d’accès aux TIC. La DATAR a lancé plusieurs appels à projet (consultables sur le site datar.gouv.fr). A titre d’exemple, 6 millions d’euros sont disponibles pour tout projet sur l’accès des territoires au haut débit.
Le débat soulevé lors de cette plénière, à savoir la coordination interrégionale, mais aussi le rapport des politiques régionales avec la recherche s’est ensuite prolongé dans l’après-midi, avec la tenue d’une table ronde informelle, dans le grand salon de l’Escandille. Le dialogue peut désormais continuer.
Pour comprendre les « communs », il faut remonter au 18ème siècle en Angleterre. Le terme « commons » définissait des outils ou des pâturages mis à la disposition de tous les usagers d’un village. En contrepartie, ceux-ci devaient assurer le partage, le développement et la maintenance de tels biens. Aujourd’hui, dans la société de TIC qui est la nôtre, le cyberespace s’est emparé du concept avec le développement de logiciels, protocoles et données en « open source ». Les « nouveaux communs » circulent sur la toile.
Trois intervenants sont venus présenter des exemples concrets : Michel Bondaz, président de l’association Un Point C’est Tout, est venu présenter le SIG (Système d’Information Géographique) libre qu’il développe depuis deux ans, et qui a pour vocation à devenir un véritable moteur de recherche géographique.
Y. Forget, porte-parole de la fondation Wikipédia est venu représenter la fameuse encyclopédie libre qu’il n’est plus nécessaire de présenter aux usagers du net. L’idée est que chacun de nous possède une parcelle de connaissance qui, mise en commun avec les autres, peut produire une formidable base mondiale de données libres.
F. Letellier de Object Web, un consortium industriel mondial qui milite pour le développement en open source des middleware (intergiciels), est venu souligner l’intérêt économique durable d ’une telle stratégie. Car le logiciel libre n’est selon lui « pas seulement éthique mais permet aussi de faire du développement durable, et donc de dégager des intérêts économiques. Une sorte "d’écosystème d’affaires" en quelques sortes, lorsque "la brevetabilité des logiciels est très préjudiciable aux entreprises sur le long terme"
S. Carre, juriste, a ensuite tenté de cerner le sens juridique de ce qu’on appelle les « communs ». Les « choses communes » sont à distinguer des « rex nullius », qui n’appartiennent à personne mais que chacun peut s’approprier. Les choses communes, elles, restent réservées au domaine public mais ne sont pas forcément des biens communs. Un logiciel libre, conçu comme un système progressif d’incrémentation peut être considéré comme une chose commune, même si chaque contribution originale apportée tombe automatiquement sous le coup du droit d’auteur, conformément au droit français.
Mais attention ! « Le logiciel gratuit, le « freeware » n’est pas forcément un logiciel libre, prévient Michel Bondaz. Ce qui est gratuit peut devenir payant du jour au lendemain et rentre donc dans le cadre d’une stratégie commerciale, contrairement au logiciel libre. »
Dernière modification le mercredi 26 janvier 2005 14:32:56