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Michel Bondaz

Le concepteur avec une équipe d'Angoulème du système Un point C'est tout.

Les deux articles fondateurs du projet Un point c'est tout

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Un point c'est tout

Il y a des travaux que l'on reporte sans cesse. Le besoin est irrégulier, on tourne la difficulté, on lambine en se disant la prochaine fois que j'en aurai besoin, quelqu'un aura trouvé la solution et tout ira bien. Les cartes et autres plans font partie des sujets que je temporise sans fin. Une autre carte à faire, des hasards de rencontre, des discussions, des projets font qu'il faut que je m'y arrête aujourd'hui pour enfin affronter cette difficulté : je ne trouve pas de carte toute faite que je puisse adapter à mes besoins et publier ensuite.

Vous me direz : « comment ? mais il y en a plein, de toutes formes, chez les marchands ». Certes, mais il y a aussi, en petits caractères, la mention redoutable : « Toute reproduction ou adaptation sous quelque forme que ce soit, même partielle, interdite pour tous pays ». C'est tellement précis que je me demande si je ne vais pas être poursuivi pour avoir recopié ces lignes. Vous pouvez changer d'éditeur et faire le tour de toutes les cartes disponibles, vous n'y échapperez pas. Tout cela me semble parfaitement normal et légitime. La protection du droit d'auteur et de la quantité formidable de travail et d'investigation que cela représente mérite cette notice légale. Je me refuse donc à toute tentation de type scanner et autres photocopieurs. Je ne parle pas des manuels scolaires, des atlas... c'est le même constat.

Mon problème n'étant pas résolu par des cartes « papier », voyons ce que nous propose le monde numérique. Les cdrom et autres encyclopédies numériques sont-elles aussi protégées par « Toute reproduction... » Ce qui me semble tout aussi normal, pour les mêmes motifs que ceux déjà évoqués. Faisons un tour sur internet. Les recherches sur les différents annuaires qui proposent des plans ont des mentions légales qui paraissent moins redoutables : un petit copyright © tout au plus, mais la sanction est la même : je ne peux pas utiliser ce plan.

Il semble donc que pour le citoyen toutes les cartes soient protégées et qu'on ne puisse que les consulter comme le cadastre à la mairie.

J'en étais là de mes réflexions lorsque j'ai entendu parler des SIG. Les systèmes d'information géographiques, vont-ils enfin me donner la solution ? J'en ai trouvé à foison dans le monde du logiciel libre. Le gros problème étant de comprendre ce qu'ils disent : projection, format de données... Je ne veux pas devenir cartographe, je veux simplement imprimer une carte ! Je dédie une machine à l'installation de ces monstres et avec l'aide de camarades plus avertis que moi, j'obtiens en effet des cartes libres où les mentions d'interdiction d'usage n'existent plus. Il faut s'entendre sur le terme « carte ». Je dispose de cartes à l'échelle 1/1 000 000 soit un centimètre pour 10Km de l'ensemble de la planète. Je peux y superposer quelques données hydrologiques à partir de sources diverses et des renseignements issus des universités qui ont fait des études sur des lieux particuliers. Le tout ne se fait pas sans mal mais le résultat est appréciable.

J'ai enfin des cartes mais elles ne conviennent toujours pas à mon usage. Je n'ai pas trouvé dans les données libres de trace de mon village et je ne peux toujours pas y dessiner mon parcours de pêche à la truite. Ce qui est peut être heureux pour les truites ne l'est pas pour les enfants qui veulent faire un parcours d'orientation avec leur maîtresse d'école. Je ne dispose même pas du réseau routier pour expliquer à mes amis comment venir chez moi.

Il est donc évident que ce ne sont pas les programmes informatiques qui nous manquent mais les données. Il faut à tout prix constituer une banque de données géographiques « libre » où tous peuvent venir s'abreuver. Cette banque devrait être facile à constituer de nos jours car nous disposons d'outils tels le GPS. Quoi de plus facile que de faire le relevé d'un point, d'en faire une description et de l'intégrer à un programme chargé d'en fabriquer une représentation. Je sais bien, qu'au début, il n'y aura que quelques points et que les représentations seront fausses. Quelle importance ! reprenez les vieilles cartes dans les livres d'histoire. Elles sont fausses au regard de nos cartes actuelles, ont-elles gêné la progression de la connaissance ? Non, elles ont été corrigées sans cesse pour aboutir à ce que nous connaissons aujourd'hui. Nous ferons de même.

Les GPS nous fournissent une précision de 10 mètres si j'en crois les documentations des marchands, je n'y crois pas et je pense que l'erreur sera plutôt de 50 mètres en utilisation avec les amateurs que nous sommes. Les routes apparaissent, les places de village, les petits monuments connus de nous seuls... Est-ce qu'une précision de 50m est suffisante pour trouver mon adresse, sachant que vous aurez dû faire 200m de plus pour trouver une place pour garer votre véhicule ? A l'évidence, la réponse est oui.

Ceux qui sont familiers de l'univers des logiciels libres savent qu'une erreur signalée est généralement corrigée dans la journée et que la nouvelle version est automatiquement mise en ligne dans des délais très courts. Il en sera de même avec les données libres, toute erreur sera automatiquement détectée par celui ou ceux qui vivent sur le terrain et corrigée dans la foulée.

L'espace public n'est pas si étendu qu'il faille une armée de géomètres pour le cartographier. Nous, citoyens, pouvons faire ce travail au service de nos besoins et de ceux de la communauté. En devenant propriétaires et responsables des points que nous publions nous retrouvons notre vraie place dans ce monde de consommateurs captifs. Il n'est pas dans mon esprit de dénigrer les professionnels de la cartographie mais de tuer toutes les photocopies illégales que nous faisions faute de mieux.

Cette saisie de points peut être autant un facteur de découverte et d'enrichissement pour les citoyens qu'un facteur fort d'appropriation de leur territoire, surtout si les dimensions humaines ne sont pas oubliées. Dans un premier temps nous pourrions n'y voir qu'un outil au service d'une cartographie simple « à notre usage », mais si nous nous approprions nos points et que nous les partageons sur Internet nous accédons à la dimension de partage et de respect du territoire. Et si, en plus, nous racontons notre histoire autour de nos points, nous donnons au tout une épaisseur, une fraternité que ne donnera jamais une carte, si précise soit elle.

Les outils techniques suivront, l'important est de bien se pénétrer de l'idée que nous pouvons aujourd'hui redécouvrir notre planète et en partager librement la vision.

Michel Bondaz, Mouthiers sur Boëme, le 19/01/2003

J'ai gardé un point de côté pour vous.

S'il est des travaux que l'on reporte sans cesse, se soigner après un infarctus en est un dont je me serais bien passé . Quoiqu'il en soit, un an après, les mêmes constations : « il n'existe pas de cartes libres » ont amenées aux mêmes conclusions : « il faut s'y mettre ! ». Le travail a donc porté sur deux axes : la numérisation proprement dite à coups de vélo (c'est bon pour le coeur !) ou de voiture pour accumuler des traces avec leur protocole de numérisation d'une part et d'autre part un travail de programmation pour visualiser ces traces.

A l'heure ou je vous parle les choses sont suffisamment avancées pour publier nos premiers résultats. Nous commençons à avoir une expertise de la collecte d'informations sur le territoire et nous savons les représenter sous forme de traces. Nous sommes en train de faire un travail de géographe pour voir comment transformer ces données citoyennes en cartes proprement dites. Pendant que le travail avance sur cet aspect il nous faut continuer à collecter des données . Aussi, je vous sollicite pour abonder notre base de données. Vous devriez bien avoir par devers vous quelques points publics que vous voulez faire connaître. Faites l'expérience du partage en publiant ces points avec ou sans histoire.

Vous verrez à quel point ce travail est gratifiant !


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Dossier Presents Autrans 2005

Dernière modification le mardi 30 novembre 2004 1:19:54