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Kersusan Sloane

Le WIMAX : une solution alternative pour réduire la fracture numérique?

Petit frère du wifi, le wimax est une technologie émergente qui permet de créer des réseaux sans fil et de les alimenter en haut débit. A l’avenir, cette solution technique pourrait certainement réduire la fracture numérique entre les zones urbaines et rurales.

Avec le wimax, la communication et l’échange d’informations s’établissent via des ondes hertziennes, habituellement utilisées par l’armée. La norme wimax est basée sur le standard de transmission radio 802.16 et fonctionne sur le même modèle que le wifi.

Intra muros, le wifi a une portée d’environ 50 mètres mais possède un potentiel d’une cinquantaine de kilomètres. Quant au réseau wimax, il pourrait couvrir des distances supérieures à cinquante kilomètres et offre théoriquement un débit de 70 mégabits par seconde. Ainsi, il permet de desservir le haut débit là où le filaire n’est pas exploitable.

Développé depuis deux, trois ans par un consortium d’industriels constitué notamment d’Intel, le wimax n’est pas encore utilisé en France. Pourtant, cette technologie comporte de nombreux avantages. Elle pourrait permettre de relier une ville à un village ou un hameau pour l’irriguer en haut débit. Afin de le prouver, la société Satisf’action, opérateur alternatif, a installé un réseau sans fil créant un pont d’Autrans à Méaudre grâce à des antennes wimax. Le système est complété par des bornes wifi qui desservent les lieux en haut débit.

Des enjeux pour l’aménagement du territoire

Pour Yves Tévonian, fondateur de Satisf’action, le wimax est une solution alternative au système coûteux de la fibre optique (60 à 250 € le mètre linéaire). « Cette technologie est vitale pour le territoire de demain car c’est la seule qui combinée au satellite et aux CPL (courants porteurs en ligne) peut répondre aux attentes des communes défavorisées » explique-t-il.

IMG_3822.sized.jpg Yves Tévonian de la société Satisf'action

Selon Satisf’action, celles-ci seraient de 15 à 20000 d’ici à 2009 si l’on n’opte pas pour des solutions alternatives. Ainsi, le wimax pourrait permettre de couvrir 100% du territoire et réduire la fracture numérique entre urbains et ruraux. « Aujourd’hui, les enjeux ne sont plus techniques mais essentiellement politiques et économiques pour desservir le territoire en haut débit » ajoute-t-il.

L’autorité de régulation des télécommunications (ART) recommande de mettre des licences aux enchères afin de permettre l’exploitation du wimax. Pour Satisf’action, « le principe même d’enchère est inacceptable » car il enlève toute chance à un acteur local ou privé d’obtenir une licence. «Les enjeux économiques d'une licence wimax sont tels pour des acteurs nationaux que le risque est fort de les voir présenter des offres de prix trop élevées pour qu'un local puisse surenchérir ». Pour Yves Tévonian, il serait plus pertinent d’attribuer la licence sur la base d’une redevance par foyer potentiellement adressable pour obtenir un prix unique sur tout le territoire. Celui-ci ne devrait pas dépasser les 30 € TTC pour que l’ensemble des usagers potentiels aient les moyens de s’équiper.


Internet haut débit dans les villages, c’est possible

L’association Vaournet est née de l’initiative des internautes du petit village de Vaour dans le Tarn. Privés d’accès à l’Internet haut débit, ils ont entrepris de créer leur propre service. En novembre 2002, une possibilité leur est apparue grâce à l’assouplissement des règles relatives aux RLAN, permettant désormais de combiner une liaison bi-directionnelle par satellite avec une desserte locale par réseau wifi de manière à mutualiser les coûts.

Didier Lebrun, président de l’association assure que ce système est « techniquement faisable et financièrement abordable », sans aides publiques, dès lors qu'il y a une douzaine d'intéressés. « Nous disposons des compétences techniques nécessaires et le village compte un nombre d'internautes suffisant. La concentration d'ordinateurs dans un rayon restreint, la forme compacte du village, et l'attitude coopérative de la mairie, constituent en outre des facteurs favorables » explique l’association sur son site Internet : www.vaour.net.

Depuis janvier 2004, une douzaine de foyers sont raccordés au haut débit grâce à la combinaison du wifi et du satellite. Aujourd’hui, l’objectif de Didier Lebrun est simple : donner l’exemple à ceux qui auraient envie de se lancer dans l’aventure.

IMG_3845.sized.jpg Didier Lebrun, à l'origine de l'initiative


Rhône-Alpes et le programme régional d’actions innovatrices

Dans le cadre d’i-Europe, programme mis en place par l’Union européenne afin de développer les NTIC, la Commission européenne a lancé les programmes régionaux d’actions innovatrices. En mars 2004, la région Rhône-Alpes a décidé de se lancer dans l’aventure.

Selon Pascal Buléon, directeur de recherche au CNRS dans le domaine territoire, espace et société, « les PRAI répondent à une volonté générale des membres de la Commission européenne d’introduire plus de technologies de l’information et de la communication dans les pratiques territoriales ». L’idée forte du projet de la région Rhône-Alpes est de prendre le risque de tenter des opérations inédites en mettant en place des projets qui intègrent les TICS et touchent au territoire spécifique de la montagne.

Les objectifs : créer ou améliorer la mise en réseau des acteurs de la montagne, dynamiser les atouts économiques tel que le tourisme et offrir aux populations résidentes ou de passage, des conditions de vie correspondant à leurs attentes et à leurs besoin en matière de santé, éducation, formation ou loisirs.

Associations, collectivités ou entreprises peuvent déposer leur appel à idée à la région à tout moment jusqu’à la fin 2005. S’ils sont retenus, ils seront financés à 50% par l’UE. Pour les 50% restants, ils devront compter sur leurs partenaires locaux.

« Ce programme est un appel à projet permanent pour faire lever des volontés, aider des porteurs de projets et favoriser la mise en connexion des acteurs du développement économique » rappelle Pascal Buléon qui a animé ce jeudi un atelier sur les PRAI. Pour le moment, cinq projets qui touchent principalement au domaine des services aux personnes sont programmés dans la région. D’ici à fin 2005, ils devraient être pas moins de dix.

Des initiatives originales

L’atelier a été l’occasion de présenter trois projets qui s’inscrivent dans le cadre du PRAI de la région Rhône-Alpes. En partenariat avec les hôpitaux du Mont-blanc, un médecin urgentiste est entrain de créer un institut de médecine de montagne à Ifremmont. Le PRAI va permettre de financer les deux tiers de son projet. A terme, l’objectif est de se livrer à des télé-consultations et de pratiquer la télé-médecine via internet. Un médecin qualifié assurera une permanence 24h/24 pour répondre aux besoins des utilisateurs isolés.
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Le site qui sera crée devrait également permettre d’assurer des télé-formations à la médecine de montagne et d’apporter des contributions de chercheurs dans ce domaine particulier.

Loire-Numérique est un projet initié par le Conseil général de la Loire. Il devrait mettre à disposition un kiosque à Saint-Bonnet-le-Château où les citoyens pourront accéder à Internet et être formés par un télé-opérateur tant au niveau technique que concernant les usages sociaux du web.

Enfin, le projet Pi2m impulsé par l’association de covoiturage Stop plus propose de rationaliser les déplacements dans les massifs de Chartreuse ou Belledonne. Pour ce faire, un portail d’information avec un service de covoiturage on-line devrait être conçu. Ce dispositif sera complété par des bornes interactives disposées à des points d’arrêts covoiturage.


Les territoires et l’Internet

Aujourd’hui, l’Internet est développé à la fois par l’Etat et les collectivités territoriales mais aussi par de nombreux citoyens souvent réunis en association. Afin de comprendre en quoi ces deux approches peuvent se compléter, de nombreux acteurs ont débattu vendredi lors d’une plénière intitulée : “ De la politique régionale à l’Internet de voisinage ”.

Hervé Saulignac, délégué aux TIC du Conseil régional Rhône-Alpes, ouvre le débat en rappelant la pertinence de la région en tant qu’institution pour développer le haut débit dans les territoires. En matière de TIC, Rhône-Alpes a mis en place plusieurs initiatives ces dernières années. Le programme régional d’actions innovatrices et la création d’un outil de gestion partagée par les différents membres de l’administration en font partie. Afin de compléter cet exemple, la tribune est constituée d’une part des représentants de collectivités territoriales telles que le syndicat intercommunal des Inforoutes de l’Ardèche avec Guy Fréry, le massif du Vercors avec Franck Girard, la M@ison avec Jacques Houdremont et d’autre part, du président de l’association locale Vaournet, Didier Lebrun.

Des situations variées

Ainsi, le public a pu apprendre que le syndicat intercommunal des Inforoutes de l’Ardèche collabore avec plusieurs associations afin que les TIC soient utilisées au service du développement local. Grâce au SIVU, « aucun ardéchois n’est pas à plus d’un quart d’heure d’un point public d’accès à l’Internet » assure Guy Fréry. De plus, toutes les communes adhérentes ont désormais leur site.

De son côté Franck Girard, maire de Saint-Nizier, a expliqué l’intérêt des NTIC sur le massif du Vercors: “ La population change, 60% des habitants de Saint-Nizier sont des cadres qui travaillent sur Grenoble. Ils veulent avoir accès au haut débit. Ainsi, ils pourraient travailler chez eux et limiter les flux de circulation qui contribuent à la pollution de l’atmosphère ”. A l’heure actuelle, au sein de la CCMV (communauté de communes du massif du Vercors), sur sept communes “ quatre sont couvertes à 100%, deux à 80% et la dernière n’est pas équipée en ADSL ”. Cette situation, assez exceptionnelle pour un plateau reculé, a permis à la CCMV d’entreprendre des actions telle que cyberposte afin de doter tous les habitants du canton d’une adresse mail et de créer des réseaux entre les différentes écoles du massif.
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En février 2004, La communauté de communes Rhône-Sud a crée l’organisme la M@ison afin que la population de ce territoire puisse s’approprier l’outil informatique. Jacques Houdremont, son directeur, explique l’originalité du dispositif. Il s’agit d’installer du matériel chez les particuliers et de les former à l’Internet directement chez eux. “ Cette démarche participative a porté ses fruits puisque aujourd’hui, nous sommes constamment sollicités et devons même refuser des demandes ” souligne-t-il.

Pour finir cette présentation, Didier Lebrun a expliqué comment son association a réussi à équiper le petit village de Vaour dans le Tarn, en haut débit. Pour lui, cette initiative est intéressante car “ les 250 habitants compensent leur éloignement grâce à l’Internet en écrivant à leurs proches. Ils peuvent également remplir de chez eux un nombre considérable de formalités administratives sans se déplacer en ville. ”

L’éternelle question du rapport infrastructure-usages

Jean-Claude Fernandez du Conseil général de Haute-Savoie a fait part à l’assistance de ses doutes sur le fait que les associations puissent assurer la pérennité des systèmes qu’ils mettent en place. Manfeld Olm de la maison pour tous d’Autrans n’a pas manqué de lui répondre : “ Je crois que vous vous trompez. La solidarité ne s’institue pas dans un Conseil général. C’est l’associatif qui en est porteur et le Vercors est un bel exemple. ”

Bruno Salgues, enseignant-chercheur à l’Institut national des télécommunications a soulevé un problème qui a provoqué de vives réactions : “ La solidarité ne permet pas de faire apparaître de nouveaux usages. Or, c’est là que réside la vraie question ”. “ Il n’appartient pas qu’aux élus de créer des usages, le citoyen en est aussi porteur ” a répondu le maire de Saint-Nizier tandis qu’un spécialiste du CNRS a expliqué : “ Les gens ont plutôt tendance à se fabriquer des usages avec les outils qu’ils connaissent. Les choses se font lentement et sur ce terreau, les élus ou les financements n’arrivent qu’en renfort ”.

Pour clore le débat, Hervé Saulignac a tenu à partager son point de vue : “ Le PRAI, ce ne sont que de nouveaux usages. L’une de nos préoccupations principales réside aussi dans les infrastructures qui permettent de donner le confort du haut débit au citoyen afin d’accélérer les usages sur le long terme ”.


Télémédecine : le projet Royans Vercors Santé 2005

Trois communautés de communes : Vercors Nord, Sud et Royans se sont associées afin de mettre en place, sur le plateau, un projet de télémédecine qui devrait être opérationnel en décembre 2006.

L’objectif est simple : il s’agit d’assurer un suivi efficace d’une centaine de personnes dépendantes physiquement en organisant une base de données mutualisée, consultable après autorisation du patient, par tout le personnel médical et social qui le suit. Le but de la manœuvre est de placer le patient et son domicile au cœur du réseau de santé afin de minimiser le nombre de déplacements grâce à l’Internet.

Pour Paul Pilichowski, membre du cabinet chargé de l’étude du projet et médecin qui s’intéresse aux usages des NTIC depuis une quinzaine d’années, « l’idée découle d’une double problématique : la permanence des soins et le maintien à domicile ». Pour y répondre, il préconise un système ingénieux de partage de l’information qui permettrait de rendre l’habitat du patient « intelligent et communiquant ».

L’enjeu : coordonner les services aux patients

« Le problème, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a aucune communication entre les acteurs qui suivent l’état de santé du patient. Grâce au serveur Physiodon, on pourrait faire en sortes que le SAMU et le médecin de garde consultent les données concernant le patient lorsque le médecin traitant est absent, après son autorisation. » Il s’agit de créer un réseau unique à disposition du personnel de santé mais également de la personne qui nécessite des soins.

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Concrètement, le dispositif est le suivant : les patients seront équipés en capteurs liés à des décodeurs placés sous le poste de télévision. Celui-ci sera doté d’un lecteur de carte à puce (carte vitale) relié à un serveur par l’intermédiaire du téléphone. Pour finir la chaîne, le serveur permettra de transmettre les informations à un portail Internet.

Soutenu financièrement par la région via le CDRA (contrat de développement Rhône-Alpes), le projet devrait être validé en juin de cette année par les élus et l’association des professionnels libéraux de santé du Vercors (APLS). Celle-ci regroupe les onze médecins du plateau qui seront amenés à utiliser le dispositif. Pour Paul Pilichowski, « Le Vercors est un pilote très intéressant concernant ce type de projet. Le nombre des acteurs est limité et les politiques sont volontaires. C’est un territoire idéal pour réaliser cette opération. »

Dernière modification le lundi 17 janvier 2005 13:41:01