
Répartis dans toute la France, les espaces publiques numériques oeuvrent pour réduire la fracture numérique. Les « animateurs multimédias », ceux qui font vivre ces lieux de formation, se sont réunis ce mercredi à Autrans, en préparation des rencontres « Les territoires de l’Internet ». Une nouvelle occasion pour échanger leurs expériences et lancer de nouvelles initiatives.
Les EPN (espaces publiques numériques) sont aujourd’hui au cœur d’un enjeu de taille pour la société française. Alors que le taux de connexion à Internet de la population est seulement de 37% (55% Pour le Canada, 95% pour la Corée du Sud), leur rôle est de briser l’exclusion numérique qui touche une large frange des français. Déclarer ses impôts, réserver un billet SNCF à bas prix ou faire une demande d’aide au logement ? La tendance est à l’accès par Internet. Ces lieux publics gérés par les collectivités sont là pour aider chaque citoyen à faire ses premiers pas numériques.
Jean-Luc Raymond est un ancien "animateur multimédia"
Dans les bibliothèques, les missions locales ou encore les centres culturels, les animateurs multimédias sont les pivots de ces espaces. Issus de formation très diverses (du CAP au DESS), ils sont là avant tout aider le citoyen lambda à s’approprier l’outils technologique et le guider dans son initiation à Internet. Derrière l’accueil, il s’agit de former et d’éduquer chacun à la citoyenneté. Pour la quatrième année ces animateurs multimédias se sont retrouvés à Autrans. « Ici, ils peuvent parler à tête reposée » explique Jean-Luc Raymond, ancien animateur et coordinateur de cette rencontre. Il estime que « ce sont trop souvent les élus et les institutionnels qui parlent à leur place ». Le métier se professionnalise, et au-delà des barrières politiques entre collectivités, ces rencontres leurs permettent de réfléchir aux évolutions et à l’actualité d’Internet. De leurs précédentes rencontres, il est entre autres ressorti la création de la RAM, une association bretonne qui met en ligne des fiches pédagogiques, ou encore la mise en place de rencontres mensuelles en Ile-de-France, « les jeudis des EPN ». « Les animateurs sont souvent seuls sur leurs lieu de travail : ils ont besoin d’échanger » précise Jean-Luc Raymond. Et si de forum et des chat de discussion existent, « les échanges virtuels ne remplacent pas les échangent réels ».
Jean-Christophe Magnenet
Sur le territoire national, Internet n’a rien d’une toile. C’est une étoile avec Paris pour centre névralgique. La plénière de jeudi après midi aura démontré que la décentralisation est possible, et avec elle la fin des risques liés à la concentrations des GIX. Autour de Valentin LACAMBRE, les intervenants ont décrypté les enjeux économiques et locaux de cette évolution.
Internet est une interconnexion de réseaux. Par définition, c’est une organisation décentralisée. En France, toutes les interconnexions sont pourtant regroupées à Paris, alors que 60% du trafic est local. Fort de ce constat, Valentin LACAMBRE lance la plénière de jeudi après-midi. Au programme, « la décentralisation de l’Internet ». Le fondateur d’Altern.org et de Gandi commence par un exemple simple : « pour se connecter à un poste à 100 mètres de chez soi, il faut passer par Paris ». Résultat : les fournisseurs de contenus locaux sont contraints de se faire héberger dans la capitale. Et pour les entreprises provinciales le surcoût peut être conséquent (plus de distance=plus de câble à acheter). La situation peut même paraître inquiétante : une panne dans la capitale, et c’est le « blackout » sur tout le territoire. Car tous les GIX qui servent de noeud d’interconnexion se trouvent à Paris. « Pour s’interconnecter localement, il faut faire éclore des GIX ». Samuel TRIOLET est président de l’association Lyonix. Cette structure a créé à Lyon le seul GIX de province. Un transfert de données plus rapide, une diminution du risque de saturation, une baisse sensible du prix de la bande passante… les avantages de cette interconnexion décentralisée ne font aucun doute pour lui. Multiplier les GIX en province ? C’est pour Claude COMBES un enjeu de l’aménagement et du développement numérique du territoire. « Si l’on veut décentraliser les nœuds d’échange, où et à quel niveau les développer ? Au niveau des communes ? Des régions ? Des départements ?» Directeur technique et prospectives du projet Intermédiasud, il introduit la question des MIX, ces nœuds entre les backbones internationaux. Intervention énergique de Bruno SALGUES, de l’Institut national des télécommunications : les lieux d’arrivée sur le territoire des backbones étrangers « sont prioritaires dans l’échange des GIX ». Un point de vue qui revient sur le potentiel des opérateurs étrangers.
Valentin LACAMBRE est le créateur de GANDI et d'Altern.org
Mais l’aménagement relève avant tout de l’action des collectivités locales. Claude COMBES reste réaliste : derrière la collecte de flux, l’enjeu est avant tout économique. Pour n’importe quelle localité, installer une interconnexion est un moyen d’attirer de nouvelles entreprises… et de voir son tissu économique rapidement s’étoffer. Jérôme Vicente est chercheur à l’Institut d’études politiques de Toulouse. « La logique d’interconnexion est avant tout une coopération entre les collectivités locales et les opérateurs. » Certaines « zones périphériques » seraient malgré tout « non-rentables » ? « Un faux problème : plus on a d’opérateurs en zones urbaines, plus ils se font de la concurrence. Donc s’ils font pareil en zones rurales, les prix baisseront forcément ». L’installation de GIX locaux irait pallier les déficits de concurrence. Bémol : « Les opérateurs ont conscience qu’ils ont intérêt à faire des GIX locaux, mais ils n’ont pas encore intérêt à le faire tant que personne ne le sait… » Chaque opérateur attend qu’un autre fasse le premier pas. Jérôme VICENTE renvoie la balle dans le camp des collectivités territoriales… et de l’Etat.
Les bretons veulent créer des GIX, et Michel BRIAND est leur porte-drapeau. Vice-président de Mégalis, un syndicat mixte soutenu par différentes collectivités territoriales bretonnes, il promeut le choix « d’investissements publics » de sa structure. Mégalis veut « développer le réseau des GIX » dans une « logique d’aménagement numérique du territoire ». Et « permettre à chacun d’être auteur de contenus"… Un autre débat en perspective.
Jean-Christophe Magnenet
Aux « Rencontres de l’Internet 2005 », ont aura beaucoup parlé GIX. Après la séance plénière autour de la décentralisation d’Internet, l’atelier consacré aux « moyens de leurs mise en œuvres » a fait le point : neutralité, aménagement du territoire et réticence des grands opérateurs, le chemin vers les GIX locaux est encore long.
« Installer un GIX, tout le monde peut le faire. » Les participants à l’atelier « GIX délocalisés : les moyens de mise en œuvre » sont tout ouïe. Ce jeudi après-midi des « Rencontres de l’Internet », ils sont une dizaine réunis autour de Vincent CALAMBRE, Un local, un climatiseur, un ondulateur, une armoire informatique… pas très compliqué d’installer un GIX local. Coté fonctionnement, juste un local à louer, une supervision et une maintenance à effectuer… rien de très onéreux. Le discours de Samuel TRIOLET, président de l’association Lyonix, est alléchant. Surtout que l’enjeu est clairement établi : détourner les entreprise du monopôle parisien et créer une émulation économique locale. Au premier abord, collectivités territoriales, entreprises privées ou associations, n’importe qu’elle structure pourrait se lancer dans l’aventure.
"Pour attirer les grands opérateurs, il faut leur proposer des clients" explique Claude COMBES
Dans la pratique, les choses ne sont pas si simples. Beaucoup de GIX locaux n’ont pas marché. En cause le plus souvent, une mauvaise gestion de la neutralité. Claude COMBES précise : « on ne parle pas de neutralité sur le papier, mais dans la pratique ». Le local d’hébergement doit être neutre pour attirer les opérateurs. Et pour garantir cette neutralité, la structure associative est la plus adaptée. « Mais pour qu’un GIX existe en province, il faut une forte volonté des collectivités locales. Si elles ne bougent pas, cela ne marchera pas » ajoute ce directeur technique et prospectives du projet Intermédiasud. Effectivement, pour que les switch s’installent plus facilement, les collectivités locales peuvent aider à « tirer » les câbles de fibres optiques. Un représentant de la délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) surenchérit : « C’est maintenant que les collectivités locales doivent prendre le train des GIX. C’est une problématique de l’aménagement du territoire. » Mais là encore, il y a une différence entre répartition géographique idéale et réalité.
Un GIX ne fonctionne que si des opérateurs viennent s’y connecter. Si les équipes locales des grands opérateurs semblent motivés, leurs centres parisiens sont plus réticent. Les GIX locaux complexifient leur fonctionnement. S’y connecter signifie pour eux créer de nouvelles plateformes et former leur hot-lineurs. Samuel TRIOLET optimise : « Il faut amorcer la pompe. Les petits opérateurs locaux veulent de la bande passante. La création d’une offre et d’une demande peut créer un cercle vertueux. ». Installer des GIX en province favorise sans aucun doute la création d’opérateurs locaux. Mais l’installation est difficilement viable sans la participation des grands opérateurs. Un participant s’interroge : « Les serveurs de vidéo et d’audio à la demande vont finir par exploser. Pourquoi les opérateurs ne font pas plus de GIX ? » Laconiques, tous les intervenants tombent d’accord : « Ils y viendront… »
Jean-Christophe Magnenet
Initiatives, réflexions, projets et expériences de terrain se sont mélangées au cours de cette dernière plénière des "Rencontres de l'Internet" consacré à la lutte contre l’exclusion. Si « la nésessité de l’intermédiation » n’est plus en question, c’est le poids du médiateur et l’enjeu de sa professionalisation qui a été au centre du débat.
« Les Rencontres de l’Internet », édition 2005, dernière plénière… Ce samedi matin, la question de la lutte contre l’exclusion est abordée par « la nécessité de l’intermédiation ». Une nécessité illustrée en premier lieu par Corinne CHEVROT et Gwénaël NAVARETTE, membres de l’association ATD Quart-Monde. Leur projet : « Internet de rue », ou partir équipé d’ordinateurs à la rencontre de personnes sans domiciles. Avec des résultats : « montrer et faire redécouvrir à François (qui a vécu à la rue à Paris) un ordinateur a été bénéfique : il a ensuite participé à un plan de réinsertion dans le travail de démontage d’ordinateurs. » Comme eux, la majorité des intervenants est issue du terrain.
André COLOMB-BOUVARD est vice-président du conseil général en charge de l'éducation et des TIC.
Un ancien chercheur devenu bénévole raconte le « cyberspace » d’Emmaüs, à Paris : lieu « d’expérimentation et d’apprentissage de l’outils informatique », c’est « une structure de service qui s’inscrit dans une demande de réinsertion sociale ». 10 ordinateurs pour consulter ses boîtes e-mail, s’informer via des journaux en ligne ou remplir des documents administratifs. Une possibilité de formation est également proposée. « On y voit des personnes anciennement qualifiées qui n’ont pas pris le virage de l’informatique. Ils ne veulent pas être les analphabètes du XXIè siècle».
Le poids de l’intermédiateur. André COLOMB-BOUVARD a également fait le point sur la mise en place du « cartable électronique » par le Conseil général de l’Isère. « Les principaux problèmes viennent du fonctionnement des installations, mais aussi de la coordination du corps enseignant avec le matériel » explique le vice-président du Conseil général à l’éducation. Installer des ordinateurs ne suffit pas à réduire l’exclusion sociale.
Dans l’intermédiation, « ce qui est important, ce sont les gens, les intermédiateurs, plus que les équipements ou les lieux. » explique Pierre LELONG. Venu de Belgique, son expérience dans « Technofutur 3 » (une structure de formation individualisée chargée par la région Wallone de sensibiliser le public au TIC) lui permet de donner toute sa mesure au poids du médiateur : son rôle est au centre de l’intermédiation. Dans la salle, Philippe Cazenave, ancien de l'association CREATIF revient sur la notion de « passeur » qu’il doit incarner : « Il faudrait que l'intermédiateur soit issu du public auquel on s’adresse, qu’il ai un pied dans chacun des deux mondes ». Un personnage clé, au profil précis et surtout qui doit être professionnalisé.
Le gouvernement belge l’a bien compris : Dominique GANI de l'ESNET, explique que la professionalisation du réseau d’intermédiation sur le terrain est en cours. Et en France ? Au cours du débat, un « animateur multimédia » d’un espace publique numérique de Seine-saint-Denis s’est levé dans la salle : « je suis choqué que des bénévoles jouent le rôle de médiateurs, car je considère que c’est un métier. Ce n’est pas comme ça que l’on fera un société de l’information compétitive.
Jean-Christophe Magnenet
Coopération. Co-production. Internet. Public. Ces mots récurrents dans la bouche de Michel BRIAND marquent le tempo de son débit rapide et énergique. Aujourd’hui un fidèle des « Rencontres de l’Internet » ce breton anime depuis 3 ans un atelier autour des pratiques coopératives. Un cheval de bataille pour ce personnage aux multiples casquettes. Adjoint au maire (vert) de la ville de Brest depuis 1996, il est à l’origine des « points d’accès publics à Internet » (PAPI) du pays de Brest. A Autrans, il était de ceux qui ont lancé CREATIF, l’association « pour l’accès public et l’appropriation citoyenne des technologies de l’information ». Président du syndicat mixte Mégalis, il veut permettre à toute la Bretagne de se connecter sur le haut débit. Les idées de Michel Briand doivent être aussi denses que les boucles de sa chevelure sont désordonnées.
Michel BRIAND développe à Brest "l'écrit publique", une formation pour apprendre à tous à écrit sur le net
« Internet ne doit pas être réservé à une élite ». Michel Briand est un militant. D’abord militant écologiste, quand l’Amoco Candiz verse son mazout dans l’Atlantique. Puis contre l’installation du nucléaire en Bretagne. « Dans le bain d’Internet depuis 10 ans » il s’active pour que le réseau des réseaux « se développe dans la coopération et non dans la compétitivité ». C’est la « philosophie d’un système ouvert » qui le séduit. L’avenir du web s’appelle pour lui logiciels libres et co-production de savoirs. Réaliste ? « Dans le domaine des savoirs publics, les sites animés par des communautés sont plus visités que les sites officiels! ». Directeur adjoint à l’ENST (Ecole nationale supérieure des télécommunications) de Bretagne, il a vu se développer les géants de l’informatique comme Bull ou IBM. « Aujourd’hui, ce sont de simples acteurs. Demain, Microsoft sera peut-être un nain ! ». Visionnaire plutôt!
Jean-Christophe Magnenet
Dernière modification le vendredi 21 janvier 2005 8:08:39