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Interview

Interview De Guy Frery (Chargé de communication - SIVU des Inforoutes de l'Ardeche), réalisée par Jeanmarc Raina par échanges de mails. 05 janvier 2005.
L'interview se concentre sur le retour d'expérience quant à la mise en place d'outils coopératifs de travail en ligne, menée depuis plusieurs années dans ce département. Les usages, et non les techniques, constituent le cœur de l’interview.
Les usages réels et constatés de ces TIC dévoilent notamment de bien intéressants écueils rencontrés par ces projets, et Guy Fréry les analyse avec clairvoyance.


Très intéressant bo

INTERVIEW –



1. Les projets dans lesquels vous êtes impliqué concernent plusieurs types d'acteurs différents : institutions publiques et administrations, entreprises, milieu éducatif.
Pouvez-vous pour ces types d'acteurs donner les particularités propres quant aux blocages, manifestations d'intérêt, usages réels concernant les outils coopératifs que vous avez mis en place, listés ci-dessous.
Si vous avez remarqué des évolutions dans les appropriations, sur quoi semblent-elles porter ?
Si des points importants vous viennent à l'esprit concernant d'autres acteurs, comme par exemple le réseau des centres multimedia ou le dispositif bibliothèques, pouvez vous les préciser.


Avant de répondre plus longuement, il me faut préciser qu'un certain nombre d'applications ont été prévues uniquement dans le cadre du projet européen Nitoura qui a duré 20 mois de novembre 1999 à juin 2001. Je noterai ces applications d'une astérisque.

----Club communautaire (cf club des entreprises)*
--Administration
Non concernées.
--Entreprises Seulement trois entreprises avaient participé à l'époque. Je pense que d'une part pour que ça ait marché il aurait fallu une "masse critique" bien plus importante, et que le concept n'était pas bon. L'entreprise est très "individualiste" et tendra naturellement à se faire faire son propre site web plutôt que d'avoir un ersatz de site communautaire (et surtout le même que le voisin…)
--Milieu éducatif
Non concerné.

----Liste de diffusion
--Administration
Nous avons créé une "liste-maires@inforoutes-ardeche.fr", qui rassemble les mairies ardéchoises disposant d'une adresse internet il y a environ trois ans. Aujourd'hui, près de 200 mairies ardéchoises (sur 271 communes adhérentes et 339 communes ardechoises) en font partie. A noter qu'elles ne s'inscrivent pas sur la liste mais sont inscrites d'office au fur et à mesure de la création des comptes.
Ce qu'on constate :

  • les secrétaires de mairie (ou les maires) postent rarement des messages (environ une dizaine dans tout 2004) dessus. Là encore il y a nécessité d'une masse critique pour qu'une liste de diffusion se transforme en liste de discussion (on voit que la liste nationale des secrétaires de mairies -secretairedemairie@territorial.fr- véhicule une dizaine de messages par jour : l'échelon départemental est donc encore bien trop petit) ;
  • par contre elles ouvrent désormais leur boite aux lettres tous les jours, ce qui fait que la liste est bien une liste de diffusion, utilisée par le centre de gestion de l'Ardèche, l'association des maires, nous-même, etc.

Pour nous l'ouverture de la boite aux lettres tous les jours est déjà une grande victoire.
--Entreprises
La liste des entreprises n'a été utilisée, sauf par nous, que très peu par les entreprises, quelque messages postés seulement pendant la durée du programme Nitoura. Il faut que les gens sachent exactement qui est sur la liste pour qu'ils aient confiance.
--Milieu éducatif
La liste-écoles existe depuis que le Sivu a commencé d'équiper et raccorder les écoles, soit depuis 8 ans. Elles était bien plus utilisée par les enseignants les premières années, quand elle représentait une communauté moins nombreuse de "précurseurs".
Aujourd'hui que la quasi totalité des écoles ardéchoises ont accès à Internet, la liste "ecoles@inforoutes-ardeche.fr" ne semble plus "chose commune". Il faut dire qu'elle aurait peut-être mérité d'être scindée au fur et à mesure de sa croissance en fonction du découpage administratif (et/ou pédagogique) des différentes inspections de secteur (environ 6 ou 7 en Ardèche).
Mais nous n'avons jamais pu travailler de concert avec l'Education Nationale pour affiner l'outil, malgré notre demande. Nous pensons qu’ils n’ont pet être pas voulu, préoccupés eux par la mise en place de leur propres outils de diffusion sur le domaine académique "ac-grenoble.fr".
Aujourd'hui la liste écoles est surtout utilisée en diffusion par des organismes en rapport avec les écoles, et parfois encore lorsqu'une école recherche des documents ou matériaux pour faire une expo, des infos sur des classes vertes, etc.
Une autre liste de diffusion existe qui rassemble les centres multimedia ardéchois. Plus le temps passe et les centres gagnent en autonomie, moins elle est active....Elle reste utile pour organiser les réunions d'animateurs, demander aux autres des trucs et tuyaux divers...

----Archivage de documents *
--Administration

Une seule mairie a tenté l'aventure de la GED. Le service "archives" de la mairie d'Annonay qui voulait numériser et mettre en ligne son fonds photographique. Mais elle a abandonné devant l'ampleur de la tâche à réaliser. Dans tous les applicatifs "métiers" il faut soit une obligation réglementaire, soit une volonté politique très forte pour pousser ce genre de réalisation car si le traitement de l'information est grandement facilité une fois les outils en place, leur mise en place demande des efforts énormes en temps de travail, donc en personnel, à répartir sur plusieurs mois, voire années.
Par ailleurs, un problème de surdimensionnement de l’outil peut être évoqué pour expliquer le peu d’usages.
--Entreprises
Pas d'expérience en entreprise.
--Milieu éducatif
Pas d'expérience.

----Agenda électronique partagé
--Administration
La communauté de communes d'Annonay l'a utilisé pendant plusieurs mois. Nous même au Sivu pendant plusieurs années et encore aujourd'hui.
Le propre de ce genre d'outils est qu'il est totalitaire. Le terme est un peu fort mais exprime le fait que l'outil n'a aucune utilité si tous les membres de l'équipe ne l'utilisent pas.
Donc soit il est obligatoire et il fonctionne très bien, soit il ne l'est pas et son usage, après le feu d'artifice du démarrage, décroit rapidement avec le temps.
En fait notre expérience montre qu'il est indispensable aussi que les chefs l'utilisent. Ce n'est qu'à partir du moment où l'emploi du temps des chefs est connu de tous que chacun accepte de publier le sien.
Autre remarque corollaire : il faut que le chef accepte de déléguer la tenue de son agenda à sa secrétaire pour qu'elle puisse le tenir en ligne, on ne peut pas compter sur le chef pour maitriser immédiatement toutes ces nouvelles technologies.....
Notre expérience au Sivu :
Au départ nous étions sur quatre sites, et l'agenda était indispensable pour coordonner rendez-vous et déplacements. Aujourd'hui que nous ne sommes plus que sur deux sites, l'utilisation a beaucoup décru et est bien moins évidente.
--Entreprises*
Pas d'expérience en entreprise : plusieurs du groupe "Nitoura" nous ont demandé de l'activer pour elles, mais aucune ne l'a réellement utilisé.
Peut-être simplement par manque d'accompagnement...
--Milieu éducatif
Pas d'expérience.

----Accès à des services de "messagerie unifiée" en fonction de leur mise en place*
--Administration
Echec total.
Nous même au Sivu n'avons jamais embrayé sur une utilisation professionnelle des passerelles tel vers mél, mél vers fax et inversement.
La seule utilisation que j'en fait est l'envoi de communiqués à la presse (mais aujourd'hui rares sont devenus les supports de presse sans adresse de mél) ou de communications aux mairies, car un certain nombre de communes adhérentes n'ont pas encore d'adresses mél.
--Entreprises
Nous n'avons pas réussi à les convaincre. Je crois que ce genre d'applications, devenues courantes aujourd'hui, étaient un peu novatrices il y a quatre ans et sont aussi réservées aux grandes entreprises, qui ont des services informatiques, donc pas vraiment besoin de nous. Autre chose : nous étions tributaires d'applicatifs et de serveurs propriétaires, donc chers, et certains de nos fournisseurs ont même coulé.
Cela ne nous a pas encouragé à poursuivre.
--Milieu éducatif
Pas d'expérience.

----Visioconférence
--Administration
Malgré la configuration du département, à quelques exceptions près, les élus ardéchois n'ont pas vraiment adhéré à la réunion à distance et préfèrent rouler... Il faut dire que notre système de visioconférence repose sur le réseau numéris. Il est donc cher : abonnement de 30 euros par mois pour un usage dédié. Embarquement du système également sur un PC de bureau, donc problème récurrents de configuration, connexion, multi-utilisations etc. Les nouveaux outils sous forme de kits, fonctionnant sans PC et avec un videoprojecteur sont plus faciles à utiliser.
--Entreprises
Un certain nombre, difficile à évaluer, a expérimenté la visioconférence dans nos centres multimedia qui en étaient tous dotés. Mais une visio d'entreprise est mal à l'aise dans un lieu public, il lui faut une salle dédiée, et si possible à domicile...Aussi la plupart des entreprises qui ont essayé la visio avec un objectif professionnel, se sont équipées et ont continué chez elles. Nous avons aussi assuré un certain nombre de prestations (réunions multisites, parfois intercontinentales) pour des grosses sociétés ou des hôpitaux avec notre pont de réunion, toujours en attendant qu'elles trouvent des solutions commerciales pas trop onéreuses.
--Milieu éducatif
Expérimentée au début du projet Inforoutes par quelques classes rurales. Deux ou trois classes l'ont utilisée pendant plusieurs années pour des usages pédagogiques, c'est à dire avec la classe entière impliquée dans la réalisation d'une session entre deux classes (une rurale une urbaine) pour par exemple découvrir un phénomène physique, ou avec des classes étrangères dans un cadre d'échange linguistique, etc.
Au début appréciée par les instituteurs qui s'y sont investis, parce qu'elle instaurait une nouvelle hiérarchie dans la classe (les plus dégourdis devant ou avec la caméra n'étant pas souvent les plus forts en thème), elle a été abandonnée car trop gourmande en temps. Une visio est comparable à une émission TV, tout doit être bien préparé, le son et l'image sont des domaines très exigeants en technicité et le résultat peut-être catastrophique pour des problèmes de micros ou de lumières qui n'ont pas été réglés.
Avec les centres multimedia, nous avons pendant plusieurs années fait des animations multisites, jusqu'à 7 sites en visioconférence multipoints : semaines de l'emploi et invitations de professionnels sur un thème (entrepreneurs, cci, anpe, etc), semaine de l'environnement, etc. L'organisation de telles animations était importante pour entretenir l'esprit "réseau" du dispositif d'accès public ardéchois.
Nous avons arrêté lorsque des restrictions budgétaires (arrêt du subventionnement par France telecom, fin des emplois jeunes) nous ont conduit à supprimer le poste d'assistant à la communication qui me secondait.
Ex : http://www.inforoutes-ardeche.fr/actualites/2002/sememploi2002.html

----Assistance à la création de site web
--Administration
Cela consiste surtout en conseils sur l'hébergement, le choix des technologies (statique, dynamique) pour les mairies adhérentes.
Le Sivu a mis en place des pages dynamiques pour les communes qu'elles peuvent modifier elles-mêmes (voir AMI et exemple à http://www.preaux-ardeche.fr/).
Les applications qu'on a construites (mais en libre cette fois ci !) pour que les secrétaires et assistantes modifient les pages web sont en place depuis deux ans, mais l'utilisation commence à démarrer véritablement depuis quelques mois.
Bref, les TIC, c'est magique...pour ceux qui sont dedans jusqu'au nez !
Pour beaucoup de gens encore, c'est un truc un peu mystérieux pour lequel on ne manque pas d'appréhension. C'est carrément une culture à acquérir !
Le Sivu réfléchit à permettre, grâce à SPIP, à n'importe quelle commune un peu motivée de publier encore plus facilement et plus complètement sur le Web.
--Entreprises*
Limitée à Nitoura.
--Milieu éducatif
C'est le boulot de la hotline, d'un point de vue technique, d'assister les écoles quand elles veulent monter en ligne (hébergement, chargement, etc).
Mais nous ne prenons pas en charge tous les problèmes de conception, structuration et graphisme.

2. Avez-vous constaté que des synergies ont été facilitées ou émergé entre les différents types d'acteurs (administrations, entreprises, éducation) par les Tic que vous avez mises en place ? Lesquelles ?

Difficile à dire ! Les milieux sont tellement cloisonnés. Mais on peut quand même dire que l'Ardèche, depuis bientôt dix ans d'action, possède une culture Internet. Au niveau des entreprises, si nous avons eu des difficultés à rentrer dans ce milieu, à l'issue de deux ou trois opérations de partenariats avec les chambres consulaires, une opération "cybardeche" s'est mise en place et le relais a été pris par le milieu de l'entreprise lui-même. Voir http:www.cybardeche.fr .
Le réseau cybardeche utilise les centres multimedia des Inforoutes pour approcher les artisans et commerçants ruraux.

En projet : A travers la mise en place d'un serveur de marchés publics des collectivités nous allons aussi donner la possibilité aux entreprises de s'abonner à un fil rss de ce site : http://marchespublics.inforoutes-ardeche.fr

A propos de territoires un autre constat : ceux des collectivités et ceux des entreprises sont différents culturellement. Les entreprises ne font à priori pas confiance aux collectivités pour apporter des solutions à leurs problèmes. Lorsqu'on passe par les CCI c'est déjà plus facile... Comme s'il existait une sorte de défiance réciproque : le public ne fait pas confiance au privé pour la chose publique, mais l'inverse est aussi vrai !
Il faut donc apprendre à rester à sa place de médiateur...

3. Plus particulièrement dans le cadre du vaste programme de sensibilisation et formation que le programme européen vous a permis de développer, quels ont été pour les différents acteurs les centres d'intérêt particuliers, les points de désintérêt manifestes, les difficultés particulières rencontrées ?

--Administration
Le grand écart entre les directives nationales et les réalisations locales, qui tiennent entièrement à la personnalité du chef : préfet pour ce qui est de la préfectorale, inspecteur d'académie pour les questions scolaires, etc.
Le vieux problème de l'Etat français tellement hiérarchique que chacun est maître dans sa boutique et que malgré la pression gouvernementale, dans une préfecture de province, rien ne se fait qui ne soit voulu par le préfet lui-même.
Il a suffi d'un changement de sous-préfet à la sous préfecture de Tournon en 1998 pour faire capoter les balbutiements ardéchois de la dématérialisation du contrôle de légalité qu'on avait commencée de mettre en place avec le courrier électronique entre mairies et sous-préfecture. Qui ont repri et ont été avancés plus loin par le même homme sur sa nouvelle affectation à Chalons sur Saone, et ont été de nouveau interrompus après sa mutation en Pologne !
De la même façon nous avions commencé avec un autre préfet à faire des réunions visoconférence : préfet et ses services/maires d'un canton, qui étaient très prometteuses sur le plan des relations état/elus locaux.
Le préfet en question est resté quelques mois puis a été appelé au ministère pour développer...les nouvelles technologies.
--Entreprises
La remarque que j'avais déjà faite sur la crédibilité douteuse dont jouissent les organisations publiques auprès du privé, comme si par nature le public ne pouvait pas être efficace ! Et pourtant on sait bien qu'en France le public a été bien plus prompt que le privé à se saisir d'internet.
--Milieu éducatif
Pour démontrer ce qu'est l'esprit de cloisonnement et de pré carré : le Sivu a mis en place un programme de formation à la manipulation de l'informatique et d'internet en 1997, qui continue aujourd'hui de recevoir l'inscription (gratuite) de nombreux instituteurs.
Et bien 7 ans après, les instituteurss doivent toujours prendre sur leur temps personnel ces formations, ils ne sont toujours pas défrayés par l'inspection d'académie pour s'y rendre, malgré plusieurs demandes du Sivu !

4. Concernant certains services particuliers (type AMI, données géographique et cadastres, ...), avez vous des remarques à faire qui enrichiraient cette micro-interview sur les usages ?

Les meilleurs services sont ceux qui viennent de la base (demandés par les usagers). Une chose est certaine pour les applications métiers, c'est l'accompagnement qui détermine les usages. Nous l'avons vérifié chaque fois.
S'il y a accompagnement il y a usage. L'accompagnement commence au faire connaître, puis au rendez-vous en face à face avec la secrétaire de mairie, ou en stage de groupe, c'est aussi la mise en place d'un dispositif de formation permanente, puis enfin une hotline complètement disponible, avec un déplacement si le problème n'est pas résolu. La plupart des applis que nous mettons en place se substituent à des usages déjà existants ou amènent des fonctions jusque là non assurées ; les gens n'en ont donc pas absolument besoin, sauf en cas de changement réglementaire. Il faut donc les prendre par la main pour les amener aux usages.

5. Suite à l'expérience que vous avez développée avec l'équipe SIVU depuis 7 ans, pensez-vous mettre en place des outils de type blog ou wiki au service des trois types d'acteurs susdits ? Pourquoi ?

A vrai dire on commence juste à s'intéresser aux blogs, wikis et autres outils de travail coopératifs en licence libre.
Une chose extrêmement intéressante est le fil rss qui les complète bien.
Je pense essayer d'intéresser le réseau d'accès public ardéchois au blog, la liste de diffusion est en effet un peu en bout de course et le blog me semble plus impliquant pour chaque membre de la communauté.

Merci

Dernière modification le jeudi 6 janvier 2005 11:10:13