
Remarque: est-on obligé d'appuyer encore sur le fait que ces rencontres parlent d'Internet ? Ne devrions nous pas mettre en avant le sujet qui est la diffusion, la construction collective et l'échange de connaissances plutôt que l'outil et le support qu'est Internet ? Internet, ici, est l'évidence. Ne pas le mettre en avant le fera d'autant mieux s'intégrer, s'immiscer dans le quotidien des gens. Le mettre en avant ne fait que le comparer à la télévision... --
ArnaudFontaine
Bonne remarque, mais le risque en mettant en avant la diffusion et l'échange sans parler d'Internet est que l'on se transforme en un colloque sur le KM. Il y en a plein. C'est bien la combinaison des deux, l'outil et l'usage, qui tion fait notre originalité. D'où l'intérêt de la table ronde sur le Web Sémantique, avec une question en suspens. Peut-on en faire un débat non technique ? Pourquoi ne pas parler aussi dans le cadre de cette table ronde outil de l'Open Archive Initiative? ? -- Bruno Oudet
Bonne réponse Bruno :) Je n'avais pas vu du tout cet aspect quasi marketing face au KM ... Pour une table ronde non technique, cela me semble possible mais il serait alors très bien de lui ajouter un atelier plus "poussé". --
ArnaudFontaine
La Gestion De Connaissances existe depuis très longtemps, elle est au coeur de tous les univers de travail, de toutes les formes de communications, de façon orale chez les Inuits, dans la culture écriture chez les peuples occidentaux, etc. Le KM n'en est que la forme la plus informatisée de nos jours. La gestion de connaissance est donc un procédé.
Quelle est donc la différence avec ce qui prépare de nos jours ? Toutes ces gestions de connaissances précédentes se sont effectuées dans des communautés ciblées et avec des organisations propres. Dès que deux communautés différentes doivent mettre en relation leurs connaissances, il y a une technique lourde à mettre en place, par exemple, un apprentissage de la lange, une traduction et puis enfin une retranscription dans une autre langue avec les techniques d'organisation propres à celle-ci. Cela a un coût humain et opératoire énorme.
A partir de quand la Gestion De Connaissances (KM) devient du Partage De Connaissances (Web Sémantique). A partir du moment, les techniques de structuration de l'information sont communes, d'où la notion du modèle RDF. Le modèle RDF propose des graphes pour organiser l'information de façon formelle, il donne un outil de méta niveau qui permet d'analyser un arbre de données de manière prédictible et sans intervention humaine (ce que ne peut pas faire XML? simplement). Donc le Web Sémantique peut-être utilisé pour faire du KM, mais sa force fondamentale est le Partage De Connaissances entre communautés disjointes et avec peu d'interventions humaines. -- Karl Dubost
Pour moi l'internet des connaissances c'est la convergence de techniques, d'organisation, de volonté humaine individuelle et collective.
Technique : un (des) réseau(x) de transport et transfert de données. Ce sont aussi des outils qui facilitent à la fois la production de contenus et leur diffusion.
Organisation : celle de réseaux humains qui jouent le rôle de relais, de déclencheur, d'impulseur auprès du public (au sens large). C'est la mise en place par exemple du réseau EPNE en Essonne qui s'appui sur des lieux et des réseaux préexistants, en les développant, mais sans les remplacer. C'est aussi la mise en place des moyens suffisants pour permettre à chacun d'avoir accès à la publication et à la consultation des ressources.
Volonté humaine : celle de chacun d'entre nous pour accepter l'idée de mettre en commun, échanger, mutualiser des savoirs ou des connaissances.
Volonté collective : par exemple celle d'une collectivité territoriale qui se positionne d'abord sur "l'accès au savoir" afin de dynamiser des secteurs dans lesquels circulent déjà des connaissances (bibliothèques, promotion de la culture scientifique et technique, TIC, etc. Qui favorise le contenu avant le moyen technique.
C'est tout cela et sans doute beaucoup plus encore!
Proposition : ne pourrait on pas inviter un représentant des réseaux d'échange de savoirs pour nous éclairer de leur expérience? -- Didier Ponge
Oui, l'expérience du mouvement des réseaux d'échanges réciproques de savoirs (MRERS) est très éclairante. Jean Pierre Delay du réseau de Belleville, ou encore Denis Pansu de la Fing connaissent bien le sujet. -- Anthony Frémaux
Il est intéressant de remarquer que les Réseaux d'Échanges des Savoirs sont confrontés à des freins dans leur développement des usages d'Internet. Des volontés de faire des sites émergent, de partager via des outils informatiques émergent mais n'arrivent pas à agréger d'autres énergies. Je profite de cette remarque pour éclairer une notion qui semble laisser de coté: "la socialisation" qui se trame avec l'expérience et la rencontre. Sans socialisation, expérience et rencontre, pensez vous que de la connaissance se crée? -- Esther Joly
Nous vivons la fin de la concentration du savoir dans des lieux à distance et de l'obligation de passer par des « maîtres » ou médiateurs pour y accéder. Le savoir est un moyen de faire connaissance, et constitue un lieu de promenade et de navigation, plutôt que d'instruction et de contrôle. Nous entendons par connaissance, une capacité à résoudre un problème, et par savoir une forme instituée de connaissances. -- Michel Authier, "Pays de Connaissances", Editions du Rocher, 1998.
Les usages actuels d'Internet limitent cependant le partage de connaissances. Les utilisateurs ont certes déjà la possibilité de mettre en commun leurs points de vue. Mais, d'une part, ces écrits publics (Michel Briand) sont perdus dans la masse, comme une bouteille jetée dans un océan d'informations. En effet, le grand nombre de contributions et surtout leurs modes de présentation en longues listes rendent difficile leur exploitation.
D'autre part, en général, la structuration d'une contribution ne facilite pas sa compréhension par un utilisateur qui ne connaît pas son contexte particulier de production.
Ainsi, pour nous l'Internet de la connaissance, c'est :
http://www.pole-diderot.com/html/presentation.htm
Ne faut-il pas aussi qu'une réflexion soit menée sur la nouvelle position de l'individu dans la chaine d'accès aux connaissances (ou dans la perception qu'il a de la réorganisation de cette chaine d'accès aux connaissances) et donc se poser la question des outils et moyens pédagogiques : passer de la relation traditionnelle "Sachant - apprenant" à celle de "co-contributeur d'apprentissage" (je n'ai pas trouvé mieux - même pire ! - comme définition !!) -- Didier Ponge
La position de l'individu dans la chaîne de production et d accès aux connaissances est en effet une question essentielle.
Dans une école ou une université dénouée de pédagogie active, le but principal d une connaissance est de se conformer à un programme. Les expériences et intérêts personnels de l apprenant sont ainsi quasiment exclus de ces lieux. La position de l apprenant ne produit donc pas d espace commun de connaissances. D ailleurs, l organisation de l espace de travail en rang face à l enseignant, plutôt qu en cercle répond à cette logique.
Par contre, sur l'Internet des connaissances, le but d'une connaissance est de rendre service. Chaque utilisateur, par l'expression de ses intérêts propres et de prises de position, participe à générer un espace commun de connaissances. Et si un écrit public est assez structuré pour raisonner avec d autres à travers des questions communes, alors ce texte contribue à élaborer l'espace du savoir.
Quels outils et moyens pédagogiques pour passer d'une position de spectateur ou d'«ingurgiteur » du savoir à celle de contributeur à l espace du savoir ?
Dans une salle de réunion,
Au sein de l'Internet des connaissances,
Dans l'ensemble des premières contributions, il me semble manquer une partie importante, celle de la valeur accordée à ces connaissances que nous sommes censés partager...
Pour illustrer plus clairement la chose je vais prendre l'exemple du livre qui reste sans doute encore le meilleur outil de partage. Entre la première ligne écrite et la distribution de l'ouvrage au grand public, celui-ci passe par de nombreuses étapes et filtres permettant d'assurer au texte cohérence et valeur. Interviennent dans le processus nombres de personnes aux compétences et connaissances diverses, chacune enrichissant le travail commun et tachant d'éviter tout dérapage, approximation ou idiotie.
Ce parcours long et fastidieux nécessaire au partage de la connaissance par le livre si il n'élimine pas les thèses ou idées farfelues, à le mérite de mettre en confiance le lecteur ; si j'achète un livre sur unix édité par O'Reilly j'ai peu de chances de me retrouver avec des données erronées. On peut parler facilement de partage de savoir.
Ce que l'on trouve sur internet, et ce plus ou moins facilement, est avant tout de l'information. Organiser l'information de façon formelle, par des techniques de structuration communes ne permettra que de partager de l'information structurée, car la seule structuration ne génère pas des connaissances ou du savoir.
Avant même de se poser la question du partage des connaissances, il me semble donc important de se poser la question de l'édification de celles-ci. Quelles sont les mécanismes et les outils qui vont transformer un ensemble d'informations en un ensemble de connaissances puis en un savoir.
Internet permet une grande facilité de partage et de mise à disposition, cela ne donne pas pour autant à ce contenu disponible une valeur intrinsèque. Cela a pu être le cas au tout départ, ou le simple fait de participer était en soi le signe de connaissances certaines, mais ce n'est plus le cas depuis deja bien longtemps. La volonté de partage doit donc aller de pair avec une réflexion sur le contenu à partager, et les façons de donner de la valeur à celui-ci. Il me semble donc qu'il doit exister deux grands axes de réflexion, la création du savoir, et le partage de celui-ci.
L'indexation et la structuration des écrits sont en effet une condition nécessaire, mais pas suffisante au partage de connaissances. Cet effort facilite certes le repérage et la compréhension d'une contribution par autrui, et favorise son rapport avec d'autres pour faire système, mais n'indique rien sur sa valeur. Reste à savoir si l'écrit en question a rendu service. Ou encore si il a permis de produire d'autres contributions. « La valeur est l'action grâce à laquelle il peut y avoir complémentarité. Un acte a une valeur du moment qu'il résonne avec d'autres actes et qu'il peut devenir un moyen de production de nouveautés. » (Gilbert Simondon?)
L'apport de remarques ou commentaires et de critiques est un moyen de valoriser des connaissances et de faire évoluer des écrits. Chacun peut jouer le rôle de garant ou d'accoucheur de la connaissance d'un autre. Internet peut servir de support à une évaluation collective et continue de contributions ; la valeur d'un écrit résulte alors du croisement de points de vue d'utilisateurs.
Un espace du savoir n'émerge t il pas de rapports critiques et collaboratifs entre connaissances ?
Un partage de connaissances n'est-il pas un moyen de création, de co-élaboration de savoir ?
Je suis entièrement d'accord avec ces principes, j'en vois vite les limites. L'indexation facilite certes l'établissement de la valeur mais si on s'en tient à la définition de Gilbert Simodon?, elle n'est qu'un point d'entrée sans plus, et peut jouer ce rôle même si elle est erronée. De plus dans le cas d'un processus d'émergence du savoir, assimilable à une démarche de création collective, si il y a un point de départ identifiable, une origine , il me semble difficile de décrire un processus en cours.
Si je prend l'exemple de Victor Hugo la distinction que indexation et structuration permet de faire entre "de" et "sur" n'est deja plus applicable sur un texte qu'Hugo serait en train d'écrire. Les cinquante premières lignes ne permettant pas forcement d'identifier si le texte est seulement "de" ou si il est aussi "sur".%%
Dans le cas d'une création collective en cours un second problème se pose, l'indexation peut être assimilé à une forme de commentaire et va donc avoir une influence sur l'évolution de celle-ci. On peut même envisager des cas ou le simple fait d'indexer le processus le modifie suffisamment pour rendre l'indexation erronée.
Si les principes d'indexation et de cartographie sont très efficaces pour le partage de connaissances ou de savoir "figés", je me demande si, pour tout ce qui tient de "l'émergeant" il ne serait pas nécessaire de prendre en compte la notion de mouvement, d'évolution dans le temps...
Donc je me pose un certain nombre de questions....
1.Le web sémantique par ses processus d'indexation et outils d'analyse peut il être l'un des acteurs d'un savoir émergeant ?
2. Comment prendre en compte des notions comme le temps, le mouvement, l'évolution ?
3. Le web sémantique peut il permettre la perception de la valeur ( y a-t-il ou non croisement de points de vue, évaluation collective) ?
J'ai fondé dans les années 80 une entreprise qui a été la première à commercialiser un système de reconnaissance en temps réel de l'écriture manuscrite cursive. Les problèmes techniques et marketing ne pouvaient trouver un espace de résolution qu'en se posant des questions comme :
Nota : dans ce qui précède, remplacez "machine" par "Internet" et nous voilà dans le sujet ...
Années 90 : un projet de recherche européen (fédérer labos et entreprises), afin, par "passages au réel" progressifs et rapides (produits et services commercialisés), d'autofinancer la recherche théorique et appliquée sur le thème de l'apprentissage et de la connaissance (par l'homme, la machine, partagée entre hommes, machines, etc.). Echec, les grandes entreprises ne semblant pas intéressées, les petites ne disposant pas de moyens, les labos jouant à NIH (not invented here). Peut être est il temps, aujourd'hui, de relancer cela, puisque le lien entre connaissance, communication et technologie est à la mode, et que l'Internet procure à la fois stockage, liaison, expérimentation, etc. Appel aux amateurs ?
Je termine ce petit mot par quelques questions (pas trop hors sujet, j'espère) : peut on connaître sans désir (désir de la connaissance, désir de soi, désir des autres) ? Le désir est il réservé au quantile de la population disposant d'une éducation suffisante ? Comment faire éclore le désir ? Pour cela, la disponibilité croissante de " machines " de plus en plus perfectionnées est elle suffisante ? La connaissance est elle seulement une accumulation organisée de " howto " (auquel cas, il nous suffit d'aller les chercher sur le Net, sans nous encombrer la cervelle), ou est elle aussi une collection d'émotions (à enrichir, partager ), un projet (construction de la personnalité, sociabilité) ? Que serait un Internet de l'émotion ? --xm
Dans son bulletin quotidien (ou presque) durant les cent jours qui précèdent
le SMSI, Hervé Le Crosnier? cite un travail collectif, le
"Pédauque"
sur le document numérique. De quoi alimenter nos réflexions sur l'Internet des connaissances.
Une version plus légère de ce texte a été
publiée par Jean-Michel Salaün
-- Bruno Oudet
Je me suis (re)plongé dans les comptes rendus des éditions précédentes des rencontres pour voir comment était envisagée l'appropriation des TIC
Pour moi cette plongée dans les "archives historiques d'Autrans" me renforce dans quant au sentiment de manque que j'éprouve face à la volonté affichée d'appropriation des TIC. Le thème de l'internet des connaissances est particulièrement bien choisi mais nous devons ouvrir la porte de l'éducation populaire : quels sont les enjeux de cette appropriation des TIC par nos concitoyens ? L'accès au savoir pour tous est il un but à atteindre ? Comment les outils existants peuvent ils être utilisés ? Et quelle va être la place de l'individu dans la construction du savoir commun ?
Pourquoi ne pas faire intervenir un pédagogue comme André Giordan, qui travaille plus particulièrement sur l'apprentissage des sciences, pour nous apporter des éléments sur la mise en place des procésus d'acquisition et de retransmission du savoir.
-- Didier Ponge
Concernant la contribution de Xaxier Maury sur le rappport désir /connaissance, cela fait penser à Habermas, dans "Connaissance et intérêt" : "L'intérêt précède la connaissance et ne se réalise que par elle." -- Anthony Frémaux
La pensée d'Habermas est centrée sur la "légitimation par la discussion publique" : "Ce qui caractérise la contruction de la sphère publique", selon Habermas, est "l'exercice critique de la raison dans lequel seule la force du meilleur argument possède une valeur."
Les travaux de Watzlawick ont permis de généraliser la pensée d'Habermas, en démontrant que le processus de communication "ne se borne pas a transmettre une information, mais induit en même temps un comportement" (Watzlawick, Beavin, Jackson, 1967).
Pour reprendre Karl Dubost qui affirme que
RDF (Ressource Description Framework) permet de partager un lexique commun sans intervention humaine, n'oublions pas que RDF est à la fois un schéma rigide et extérieur à l'homme, par opposition à la langue qui est vivante et intégrée à nos modes de pensée et à nos comportements sociaux.
Ou, pour citer Ducrot (1972) : la langue "est bien plus qu'un simple instrument pour communiquer des informations : elle comporte (…) tout un code de rapports humains".
De mon point de vue, l'Internet Des Connaissances c'est en somme l'image des Utilisateurs Producteurs d'information, qui se reflète sur le miroir de communication que constitue aujourd'hui Internet. Les Interfaces Collectives, conçues sur le principe d'un Wiki Miroir, permettrons d'accèder plus facilement à ces nouveaux espaces partagés.
Et comme cette page le démontre, dès que la surcharge d'information nous guette, il est urgent d'agir, par exemple en mettant en place des
Interfaces Floues capables de discernement ! -- Luc Legay (organisateur à Autrans de l'Atelier Intelligence Collective)
Dernière modification le vendredi 16 janvier 2004 9:25:00