Quelques suggestions dans l'optique "Internet 2016" (je ne suis pas sur de savoir penser à 2100, moi...) :
1- LA "PROSPECTIVE TECHNOLOGIQUE" est sans doute la moins incertaine de toutes (en tout cas à 5-10 ans). Elle n'est pas plus déterminante que les autres, c'est une dynamique, partiellement mais surement pas totalement autonome des autres (économiques, sociétales, démographiques, écologiques...). Pour une manifestation internet, elle apparaît essentielle. D'autant, comme nous nous le sommes dit dans un mail récent, que nous entrons dans un nouveau cycle d'innovation assez profondément différent de celui que nous avons vécu depuis, disons, 1995 (déploiement et interconnexion des réseaux,hauts débits, mobilité, web et sémantique) - le cycle nano-bio-robo-intelligence ambiante. ET il me semble qu'une part importante de la "communauté internet" est totalement déconnectée de ce nouveau cycle.
- Il y a le travail de prospective dont a parlé
Jean-Michel Yolin
- JM Cornu et moi-même avons produit avec l'Irepp un document (orienté 2010-2015) qui sera prochainement disponible
- Il y a bcp d'exercices de prospective techno en Europe, notamment le projet Fistera qui tente de les synthétiser
- Il y aura peut-etre le travail "Technologies clés" repris par le ministère de l'Industrie
- Au-delà de la description et du prolongement des tendances, on peut déjà en tirer au moins deux choses importantes :
- Le constant qu'il y a une forme (ou plusieurs, mais pas nombreuses) forme(s) de cohérence dans les développements en cours, autrement dit, une ou quelques visions du monde, explicit (s) ou non, derrière ces développements scitifico-technologiques qui n'apparaissent pas par hasard, ni de manière mécanique ;
- Et l'identification de nœuds, de tensions, de conflits, de carrefour, à mesure que les développements techno ouvrent de nouveaux possibles, dérangent des ordres établis, modifient l'économie de dispositifs existants, etc.
2- SUR LES USAGES, il faut à la fois en parler mais surtout se méfier absolument de toute bijection techno <-> usage ("cette techno donnera naissance à cet usage ; cet usage nécessite cette techno"...). En fait, ce peut être l'occasion de problématiser cette notion d'usage. On est un peu bloqués si par "usage" on entend "usage d'une technologie X". La question (dans le contexte d'Autrans en tt cas) est plutôt celle de l'interaction entre les activités humaines (un métier, un mode de vie, une pratique, un groupe...) et les technologies.
Du coup, bien sur, il faut faire parler des chercheurs.
- Il y a le GDR TICs bien sur ; mais c'est une fédération assez lâche, donc il ne faut pas s'interdire de contacter des gens en direct.
- Il y a aussi (en fin de cycle, mais tt de meme) un programme interdisciplinaire de recherche du CNRS 2001 - 2005, en sciences humaines, sur la société de l'information. Il tient colloque à Lyon du 19 au 21 mai, nous y serons :
http://www.cnrs.fr/SHS/actions/societe_information.php
- A Autrans 2005 JF Marchandise avait animé une table-ronde "chercheurs et territoires" qui s'est spontanément poursuivie dans un atelier, et se poursuit désormais sur toute l'année. Donc on pourrait lui proposer un aboutissement en 2006.
- Notons enfin que FT R&D poursuit dans ces domaines l'une des recherches (à ma connaissances) les plus intéressantes au monde.
Qu'est-ce que cela a de "prospectif" ? Je pense au concept de "prospective du présent" d'Edith Heurgon (ex-RATP, toujours Cerisy) : un processus continu et adaptatif "capable de déceler les transformations déjà à l’oeuvre dans la société, non encore perçues par le plus grand nombre (notamment les décideurs et les media), afin, encourageant les seules transformations souhaitées, de fournir un levier de changement et de stimuler l’initiative des acteurs." Autrement dit : déjà comprendre ce qui bouge de profond, ce qui est en germe, les grandes dynamiques.
3- LE CROISEMENT AVEC D'AUTRES VISIONS DU FUTUR me semblerait particulièrement pertinent et indispensable. J'ai le sentiment que les futurologues savent presque autant que les autres (et pas tous, bien sur) fonctionner en silos !! En tout cas le monde des TIC a absolument besoin de confronter ses visions du monde et de l'avenir avec d'autres.
- Ca c'est un peu le champ de Thierry Gaudin !!
- En réponse à la question "vision commune ou plusieurs scénarios", je penche résolument vers la seconde possibilité. Nous pourrons dégager une vision commune sur un point (voir mon point 4), je crois, MAIS penser que nous allons tomber d'accord sur un scénario d'avenir global ne me paraît ni réaliste, ni même souhaitable.
- Noter que nous préparons actuellement avec Marcel Desvergne (le fondateur d'Hourtin, qui s'en est occupé jusqu'en 2003) une manifestation internationale assez restreinte en juillet 2005 - avec des suites en 2006 et 2007 - qui croisera pas mal de visions pluridisciplinaires et pluriculturelles. Ca s'appelle "Les entretiens des civilisations numériques" et le site web est à venir... Mais nous aurons de la matière à restituer en janvier 2006, voire même un morceau de processus ouvert.
4- LES CONDITIONS D'AVENEMENT D'UN FUTUR "SOUHAITABLE" (et durable) me
semblent être un sujet important d'Aurans 2006. Autrement dit : même si nous ne savons pas précisément de quoi l'avenir sera fait, nous pouvons d'ores et déjà :
- Nous intéresser à la manière dont se produit et se diffuse l'innovation, technologique, de service et d'usage - et cela nous amène par exemple aux questions de neutralité et ouverture des réseaux, d'interopérabilité et de standards, de propriété intellectuelle, etc. (les "communs" dont Thierry Gaudin parle fort bien) - C'est clairement un point sur lequel un accord devrait pouvoir se dégager, en tt cas si nous regardons un peu loin.
- Nous intéresser à certains débats et inquiétudes en émergence, pour traiter certaines questions de fond "de l'intérieur" (c'est à dire, sans attendre que les technophobes nous mettent à juste titre le nez dedans) - c'est l'exemple du débat sur les "chances, risques, éthiques de l'intelligence ambiante" - cf. les papiers que je citais récemment :
- "Blobjets" : chances, risques, éthique de l'intelligence ambiante -
http://www.internetactu.net/index.php?p=5869
- Ma suite : Adam Greenfield : l'informatique ambiante, "objet social
involontaire" -
http://www.internetactu.net/index.php?p=5901
* "L’internet des objets, objet d’inquiétude" (fait même réf à Autrans
2005) -
http://www.internetactu.net/index.php?p=5846
Si on a un peu de sous, je suggère TRES vivement d'inviter le designer newyorkais
Adam Greenfield, très bon orateur, qui aura juste sorti un livre (et même peut-être sa version française) sur ses thèmes.