
Jeudi 8 janvier
Les journées internet se devaient de commencer par un thème singulier et intriguant, et le public a largement répondu à l'appel. Dès 9 heures 30, la salle de conférence était comble pour écouter les prospectives de Thierry Gaudin. Mais pour un futurologue, il a surtout parlé du passé.
Thierry Gaudin s'est avant tout attaché à décrire l'évolution de l'espèce humaine qui a mené à la situation actuelle, l'avènement de la civilisation cognitive, ou civilisation de la pensée. Nous avons changé de système technique, la société cogntive s'est substituée à la civilisation industrielle depuis les années 70 avec l'apparition du micro-ordinateur. Selon Thierry Gaudin, cette évolution a entraîné des changements majeurs dans le rapport de l'homme à la nature. « La mise en équilibre de l'espèce humaine et de la nature n'est plus envisageable ». La création de l'écologie en a découlé, devenue un véritable thème politique, et l'essor des biotechnologies permet désormais de créer des êtres vivants. Mais Thierry Gaudin précise que « chaque changement technique s'accompagne d'une crise de jeunesse, car les nouveaux emplois délassent les anciens et entraînent une crise sociale ». La crise de l'ère industrielle en 1848 s'était régulée par la mise en place de grands travaux, l'éducation pour tous et la conquête de l'Amérique. Celle de l'ère cognitive, qui arriverait vraisemblablement aux alentours de 2015, pourrait trouver solution selon Thierry Gaudin dans la cité marine, dernier espace non « colonisé » par l'espèce humaine.
Le nouvel enjeu majeur de la civilisation cognitive est le mental. Une véritable bataille s'est engagée pour l'acquisition de bande passante, fréquences, ou tout autre moyen de diffusion. Mais Thierry Gaudin cite Herbert Simon?, qui déclare que « nous ne vivons pas dans une société de la connaissance, mais dans une économie de la désinformation ». Dans la révolution cognitive la notion essentielle n'est pas la connaissance, mais la reconnaissance, aussi bien pour les machines, les humains ou les collectivités. Malgré le fantastique outil d'archivage que représente internet, Thierry Gaudin déplore la perte de bon sens de ce qui doit être en commun et accessible à tous. Dans toute les sociétés existent des « communs », comme la connaissance des végétaux et animaux, les méthodes de soin, les résultats d'essais d'objets commercialisés, etc. Thierry Gaudin dénonce fermement le caractère payant et commercialisable d'un certain nombre de ces communs, comme les normes, les statistiques, les images satellite ou médical. En citant les nouvelles technologies internet comme le Wi Fi ou le Wi Ki qui se développent de manière associative, Thierry Gaudin espère que cela permettra un réel partage de la connaissance, ou tout du moins une entraide entre les hommes.
Dernière modification le mercredi 10 mars 2004 11:17:45