
Michel Cartier, le plus français des québecois
Début des débats dès jeudi matin à Autrans, dans le cadre des 9ème rencontres sur les nouvelles technologies. Comme premier thème « Internet et territoires en 2010 », animé par Michel Cartier, de l’université du Québec de Montréal.
Les rencontres d’Autrans ont débuté ce matin sous le thème général : Les territoires du Net. Lors de la première conférence « Internet et territoires en 2010 », Michel Cartier, de l’université du Québec de Montréal, a présenté sa vision de l’Internet vu des deux cotés de l’Atlantique. Venant en France depuis 1957, Michel Cartier connaît bien les évolutions technologiques qui ont agité les deux pays depuis bientôt quatre décennies. A travers un historique des évolutions techniques, qu’il a pu voir dans d’autres pays, le québécois peut ainsi s’interroger sur l’avenir d’Internet et des nouvelles technologies à l’horizon 2010.
Les évolutions de la société et des technologies depuis 1968 ont conduit à quatre paliers d’actions concernant les nouvelles technologies : l’action des citoyens, des groupes informels que sont les groupes d’amis, les familles…, des groupes formels (associations, collectifs, communautés) et de la société.
Tous ces groupes concourent à faire qu’Internet évolue vers des applications mieux adaptées aux demandes de chacun. Les citoyens ont contribué à la mise de mouvements très importants aux Etats-Unis tel le « digital natives immigrants ». Les « digital immigrants » sont les personnes qui adoptent Internet au cours de leur vie, qui ne sont pas nées avec ces technologies. Les « digital natives » sont les personnes qui ont entre 5 et 25 ans qui vivent depuis le début avec Internet et qui n’ont pas de mal à s’adapter. Ce courant très important aux Etats-Unis vise à réduire la fracture numérique entre les générations.
D’autres solutions ont été mises en place. Ainsi, la trousse citoyenne est née d’une initiative américaine. Un mouvement de hackers s’est réuni pour créer une trousse de 5 ou 6 logiciels gratuits. Tous les citoyens peuvent donc accéder aux mêmes logiciels.
A terme, toutes ces initiatives sont emmenées à être importées en France et constitueront donc le futur de l’Internet français. Certaines de ces avancées font déjà partie du quotidien de tous les internautes : les chat, la messagerie, les blogs individuels et collectifs…
Pourtant, pour Michel Cartier, la société qui arrive sera développée par un consensus qui viendra de la collaboration entre les différents pays et d’un ensemble très large de personnes. Or, pour l’instant, les institutions ne participent pas à cette coopération et vont devoir, dans les 20 prochaines années, développer des moyens de réflexion sur le Net, pour que la France ne se trouve pas complètement dépassée en matière de nouvelles technologies.
Pour plus d'infos:
http://www.michelcartier.com.
Cindy Roudier
Manfred Olm, consultant, télétravailleur à Autrans
Les nouvelles technologies sont souvent à l’origine d’importants changements sociaux. Internet, la visio conférence et les nombreuses autres techniques de l’information et de la communication (TIC) changent la vie des gens, à tous les niveaux. Depuis une dizaine d’années, le télétravail offre aux entreprises et aux employés une nouvelle manière de travailler. Exemple avec Manfred Olm, consultant en maîtrise d’ouvrages bancaires pour GM Consulting.
Ras le bol de la vie parisienne. Deux enfants qui arrivent, les habitudes sont bouleversées. Brusque envie de changer de mode de vie. Penser à son épanouissement et à celui de ses proches. Autant de raisons qui ont poussé Manfred Olm et son épouse Christine à déserter les trottoirs de la capitale pour s’installer à Autrans, au cœur du massif du Vercors. Actionnaire d’une petite entreprise parisienne, Manfred Olm, a pu sans difficulté passer au télétravail. Son épouse a eu beaucoup plus de difficultés. Travaillant pour le CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie), elle a préféré s’assurer d’avoir un emploi dans la région grenobloise, avant de demander à ses employeurs si ils acceptaient qu’elle devienne télétravailleuse. Après de nombreuses réticences sa demande fut acceptée. Les valises dans la voiture, toute la famille prend la direction d’Autrans, où leur amour du ski et des randonnées les conduit.
Sans trop de mal, ils se sont vite adaptés à cette nouvelle vie. Un nouveau départ, comme on dit… Mais, quand vous travaillez chez vous, faire la différence entre la vie privée et la vie professionnelle devient vite difficile. Manfred et Christine ont donc préféré louer un bureau, afin d’établir une barrière entre les deux mondes. Après avoir conduit les enfants à l’école, ils se rendent à leur bureau. Et lorsque l’heure de la sortie des classes sonne, fini le boulot, place à la famille. "« Pour bien séparer ma vie de famille de mon boulot, j’ai deux téléphones. Je ne réponds pas aux appels perso quand je travaille. Ni aux appels pro le soir et le week-end. C’est la règle que je me suis fixé. »"
Etre en télétravail demande de faire de nombreux déplacements pour voir régulièrement ses employeurs. "« Je monte toutes les semaines à Paris, pendant un ou deux jours ». Un inconvénient ? Pas si sûr, comparé aux nombreux avantages de ce mode de travail. "« On gagne énormément de temps quand on ne passe plus de deux heures dans les bouchons, dans le métro. On est moins stressés, moins fatigués »". Cet isérois d’adoption a maintenant retrouvé de nombreuses activités associatives. Ainsi, le télétravail lui permet d’organiser son travail comme il le souhaite, tout en lui permettant de pratiquer le chant choral.
Cyril Vignet, son employeur est d’accord pour dire que les télétravailleurs sont beaucoup plus productifs que les autres employés. "« Ca ne sert à rien d’être obligé de rester huit heures dans un bureau, si on ne travaille que quatre heures. En entreprise, les cadres sont toujours dérangés, ils ont du mal à finir rapidement un travail. Ils font des heures pour des heures… »" Le télétravail s’inscrit dans une tendance émergente, consistant à ne plus voir sa vie que sous l’aspect professionnel. Manfred estime que les gens ne veulent plus vivre pour leur boulot. "« Je pense que 80% des gens qui passent en télétravail le font pour leur épanouissement personnel. Désormais il faut faire une croix sur la carrière dans l’entreprise. On ne vit qu’une fois. En entreprise, les gens passent leur temps à vous mettre des bâtons dans les roues. Tout le monde se trouve en concurrence »"
Malgré tout cela, le télétravail n’appartient pas à une culture française. "« Quand vous êtes en télétravail, les gens pensent que vous passez votre temps chez vous, à ne rien faire. Les télétravailleurs sont mal vus. Mais cela demande beaucoup de discipline personnelle, ainsi qu’une importante relation de confiance avec son employeur. Et les entreprises ont beaucoup de réticences à le mettre en place. »" Actuellement, seulement 7% des salariés français ont adopté le télétravail, la tendance se confirmera t’elle ? Rendez vous dans quelques années.
Cindy Roudier
Les Rencontres d’Autrans sont l’occasion de voir toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies. Gilles de Robien, ministre des Transports et de l’Aménagement du territoire, souhaite impulser le développement du télétravail.
Vendredi après midi, 14 heures, le visage de Gilles de Robien, ministre des Transports et de l’Aménagement du territoire, apparaît sur l’écran de la salle des Jarrands. Grâce à la visioconférence, le ministre peut intervenir en direct de l’université Jules Verne de Picardie pour présenter son plan d’action de développement du télétravail. Il sera représenté dans la salle, par Alain Ducass, chef de mission à la Datar (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale).
Visioconférence avec le ministre des Transports, Gilles de Robien
Le télétravail permet à un salarié de travailler pour une entreprise, sans qu’il ne soit sur le lieu de l’entreprise. Il peut travailler à son domicile comme 2% des télétravailleurs, ou louer un bureau comme les autres 5% de salariés qui télétravaillent. Le télétravail est possible grâce aux nombreux moyens de communication qui existent désormais. L’essor du haut débit va permettre de favoriser le développement de l’ensemble du territoire. La mise en place d’un plan pour inciter au télétravail pourrait permettre de freiner l’exode rural et constituerait une réponse au manque de mobilité. Reprenant sa casquette de Ministre des Transports, Gilles de Robien n’oublie pas de rappeler que le télétravail est un moyen, dans le cadre du développement durable, de contribuer à réduire l’effet de serre, en limitant les trajets professionnels des télétravailleurs.
Pour le ministre, le développement du télétravail passe par la construction de télécentres. Il s’agit d’un bâtiment (pépinière d’entreprise, mairie, école, maison de l’emploi, bureau de poste, cybercafé ou autre…) abritant des télétravailleurs. Il bénéficie d’une offre de services et de bureaux et met à la disposition de ses locataires matériel de bureau et connexion Internet. Pour coordonner les actions des télécentres, le Réseau National des Télécentres (RNT) a été crée le 30 novembre 2004 à Alençon, sous l’impulsion gouvernementale.
Afin d’inciter les collectivités territoriales à développer des télécentres sur leur territoire, Gilles de Robien profite de son intervention pour lancer un appel d’offre. Cet appel s’adresse aux collectivités territoriales souhaitant ouvrir un télécentre ainsi qu’aux associations, entreprises et services de l’Etat qui envisagent de créer un télécentre pour répondre à leurs besoins. Des subventions seront accordées aux projets qui seront sélectionnés par la Datar, qui consacrera 3 millions d’euros sur trois ans aux télécentres.
Cet appel à projet est ouvert jusqu’en 2007 en trois vagues successives. Pour cette première sélection les projets doivent être déposés avant le 31 mars 2005.
Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site du réseau national des télécentres :
http://www.telecentres.fr
Cindy Roudier
Autrans, c’est aussi des ateliers. En comité restreint favorisant la discussion, les intervenants présentent leurs projets et actions sur un thème particulier. Un atelier sur la cartographie et les systèmes d’information géographiques (SIG), animé par Michel Bondaz, s’est déroulé vendredi matin. Différents projets ont été présentés.
L'atelier sur la cartographie
A Autrans, les sigles s’accumulent. Sous celui de SIG se cache le terme barbare de systèmes d’information géographiques. Le gouvernement a mis en place un plan d’actions pour inciter les collectivités territoriales à développer des services de cartographies informatisés. Les communes et leurs habitants pourront ainsi accéder à la visualisation de lieux selon des thématiques : économie, sport, loisirs, nature… Les SIG vont aussi permettre aux communes d’assurer une meilleure gestion de la ville, par exemple en localisant, de manière plus rapide, les crues, et de déclencher les alertes. L’objectif est de rendre homogènes les outils de cartographie numérisée et de moteur de recherche et d’assurer une meilleure transparence dans les politiques publiques vis-à-vis des usagers.
Ainsi, depuis une dizaine d’années, le Conseil Général de Savoie a mis en place une stratégie en matière de Systèmes d’information géographiques (SIG). La numérisation des cadastres de l’ensemble du département est en cours depuis 1993. Au début 2004, sur 305 communes, 192 été déjà numérisées ou en cours de numérisation. Le problème vient surtout des petites communes qui ont eu du mal à participer à cette étape de la constitution du SIG. Pour créer un SIG, les collectivités territoriales doivent se procurer les référentiels cartographiques de l’IGN (Institut Géographique Nationale) et les informations foncières (nom du propriétaire, taille du terrain…). Le service Ris.borne de Savoie est donc né de la compilation de toutes ces informations. Les seuils de cartographie sont empilés les uns sur les autres et permettent l’accès à une information très détaillée. Il est désormais possible de localiser une parcelle, d’en connaître la surface, de voir où passent les réseaux d’eau potable et d’assainissement, de localiser les vannes pour pouvoir intervenir sur le réseau.
La société Jokyo de Lucien Enami a développé une animation cartographique en 3 dimensions sur différents supports de communication pour des communes, collectivités territoriales ou offices de tourisme. Ainsi, on peut montrer aux touristes l’étendue du domaine skiable d’une commune. Grâce a l’association de différentes couches, telles que photos aériennes, carte de niveaux, plans géographiques, photos, le logiciel développé par Jokyo offre une vision en 3 dimensions du territoire, d’une manière conviviale. Les utilisateurs peuvent aussi voir des photos du lieu, des vidéos ou des sons, et des textes présentant l’endroit.
Pensant à ceux qui n’ont pas besoin d’un SIG de manière régulière, Netagis de Patrick Julien est une société qui a développé un service de cartographie intercommunal accessible par Internet. La secrétaire de mairie pourra se connecter en toute facilité pour tirer un extrait cadastral, pour consulter les différents règlements attachés à une zone… Ce service, accessible uniquement aux collectivités, offre la possibilité de remettre à jour les informations. On pourra ainsi faire figurer des bâtiments qui n’apparaissent pas dans le cadastre officiel, rajouter des tronçons de réseau…
Enfin, le projet de Michel Bondaz, de Un Point c’est Tout qui souhaite créer un logiciel de cartographie à partir des données que chacun peut récupérer avec un GPS afin d’établir une carte avec des données libres. Présentation du projet dans l’article de Tom Jail : Un Point c’est Tout, pour une cartographie mondiale libre.
Cindy Roudier
Voilà Autrans, c’est déjà terminé. Après trois jours et 320 participants, l’heure est venue pour Thierry Gaudin, président de l’association Reso, organisatrice des rencontres d’Autrans, de tirer le bilan. La majorité des gens sont déjà partis, mais une cinquantaine d’inconditionnels sont encore là. Le thème de cette année était : Les territoires du Net. Le moment est bien choisi pour évoquer quel sera le thème de l’an prochain. Autrans 2006 sera un cru d’exception puisque ce sera le 10e anniversaire des Rencontres de la société en réseau. Le thème pressenti concerne les évolutions du Net dans les 10 prochaines années.
A travers un diaporama, Thierry Gaudin retrace les temps forts des trois jours qui viennent de s’écouler et s’interroge sur certains sujets. La décentralisation d’Internet amène à s’interroger sur les GIX et les hubs. Sont ils une commodité ou un chemin vers l’autonomie ? Les GIX répondent à une idée stratégique mondiale mais les idées de prises de pouvoirs sont également présentes. Il fait donc lutter contre une appropriation excessive d’Internet.
Tout au long des rencontres, le rôle important des structures locales à été démontré. Le président de Reso en déduit donc que "« derrière les initiatives les motivations sont profondément humaines »" et que les structures officielles ne sont rien face aux démarches associatives. L’occasion est bonne pour rappeler l’exemple des autodidactes de Vaour.net.
L’atelier sur le jeu se déroulait vendredi matin. L’atelier n’a pas été très fréquenté mais fut l’occasion de reconnaître la puissance de l’effet d’addiction et de montrer que de nombreux liens se créent par l’intermédiaire du jeu et notamment des jeux en réseau. De là, découle une motivation de se rencontrer physiquement et plus uniquement dans le cyberespace.
La technologie a démontré sa puissance avec Fing. Evolution qui peut sembler paradoxale, Fing a démontré que le futur du Net ne passera pas forcément par le Net lui même, mais par les nouvelles technologies (frigos intelligents, voitures …)
La séance plénière la plus vigoureuse : les nouveaux communs fut le moyen de montrer que de nombreux problèmes juridiques existent et notamment celui de l’appropriation des données. Thierry Gaudin en conclut que "« pour faire évoluer Internet il est nécessaire que les acteurs du Net trouve des avocats alliés. »"
Les Rencontres d’Autrans 2005 ont permis aux acteurs de l’Internet et de la société en réseau de rédiger une déclaration commune, née de toutes les remarques et problèmes posés à l’occasion de ces trois jours.
Dernière modification le lundi 17 janvier 2005 19:41:22